Focus

4L’Abécédaire Afrique de François Bensignor

Trois décennies en chroniques musicales

François Bensignor est journaliste et chroniqueur musique pour la revue Hommes &Migrations depuis les années 80. A l'occasion de Paris-Londres, il revient sur 30 ans de musique africaine sous la forme d'un Abécédaire

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A - B - C - D - E - F - G - H - I - JK - L - M - N - O - P - Q - R - S - T - U - V - W - X - Y - Z

A – Archipel

Aux Comores, comme sur tout le continent africain, les musiques ont toujours rythmé la vie des sociétés et peuvent difficilement être séparées des danses qu’elles accompagnent. Elles témoignent de cette profonde diversité culturelle de l’aire swahili, correspondant aux peuplements et influences qui se sont succédés puis mélangés dans l’archipel. Les modes arabes et persanes y rencontrent la polyrythmie bantoue, les harmonies indiennes ou le balancement six-huit de Madagascar.
« Musiques des Comores », in Hommes & Migrations, n° 1215, 1998. [Lire l'article]

B – Beauté

Sa voix est un joyau unique capable de transmettre l’émotion la plus pure. Yamore, le duo de Salif Keïta avec Cesaria Evora, la Cap-Verdienne au timbre de velours, est de ces chansons immortelles qui ne vous quittent plus dès la première écoute. La beauté de sa voix a constitué le talisman de Salif Keïta. Elle lui a permis de conjurer le sort qui l’a fait naître albinos dans une société qui en fait des victimes sacrificielles. Cette beauté se confond avec le sens de sa vie : « La musique, je la compare à mon âme, dit-il. C’est ce qui me donne envie de vivre. C’est ma façon de parler, de m’exprimer devant les autres ».
« Salif Keïta », in Hommes & Migrations, n° 1256, 2005. [Lire l'article]

C – Création

En 1999, l’intérêt pour les musiques du monde est à son zénith. De nombreux labels de disques indépendants ont vu le jour en Europe au cours de la décennie. Leur première préoccupation est de valoriser les œuvres d’une création musicale soit qui mérite d’être révélée à un public plus large et international, soit qui n’est plus disponible sur support audio. Ainsi paraissent de nombreuses rééditions en CD de merveilles méconnues ou introuvables. Exemples avec trois labels de disques : Cléopâtre, petite maison parisienne fondée par le marocain Brahim Ounassar qui la consacre à certains des plus grands artistes maghrébins depuis les années 1970 ; Syliphone, label d’État guinéen fondé sous le régime du président Sékou Touré et qui publia les enregistrements de tous les orchestres nationaux et régionaux du pays ; Network, label allemand, dont le travail pionnier de valorisation des meilleurs artistes des Balkans fut exemplaire. Autres exemples avec deux collections : Barbès Café, où est sélectionné de manière thématique le meilleur de la production des éditeurs de Barbès ; Éthiopiques, la collection réalisée par Francis Falceto, révélant aux oreilles du monde l’extraordinaire richesse de la soul éthiopiennes des années 1970.
« Collections & archives », in Hommes & Migrations, n° 1222, 1999. [Lire l'article]

D – Diaspora

« Paris, capitale des musiques du monde ». Ce slogan, quelque peu hyperbolique, apparu dans les années 1980, traduit une réalité musicale : de nombreux artistes venus d’Afrique francophone ont été en effet les artisans d’un son nouveau, d’une esthétique contemporaine de la musique noire. Celle-ci s’est ouverte aux métissages, tout en restant ancrée dans des traditions musicales ancestrales. L’addition des talents de musiciens et de professionnels de la musique et des médias a offert à la création africaine une place de choix sur les marchés internationaux. Regards sur l’histoire de ce mouvement, ses principaux acteurs et ses perspectives depuis les années 1960 jusqu’à 1995.
« Africains en France : la compile », in Hommes & Migrations, n° 1191, 1995. [Lire l'article]

E – Exil

Tant de poètes et d’écrivains ont chanté les déchirements de l’exil. Certains l’on vécu plus durement que d’autres. Dahmane El Harrachi, maître du châabi, auteur inspiré et virtuose du mandole, eut une vie errante en France, loin de sa famille et de son fils, qu’il n’a pas vu grandir. Amazigh Kateb, fils du poète, écrivain et dramaturge Kateb Yacine, a eu la chance de voir travailler son père, de profiter de sa lumière. Si l’exil français des deux fils est plus doux que celui de leurs pères, ils savent combien leurs œuvres ont pu compter dans la vie d’Algériens ayant quitté la rive Sud de la Méditerranée. Aussi, chacun à sa manière, dans l’exil respectif d’un père disparu, défriche et valorise l’art de ces grands absents tout en le prolongeant.
« Amazigh et Kamel, dignes fils de leurs pères », in Hommes & Migrations, n° 1282. [Lire l'article]

F – Fusion

Comme un djinn de fable drapé de soie verte et blanche, Doudou N’Diaye Rose tourbillonne sur lui-même. Il brandit sa fine baguette vers le bleu de la nuit puis l’abaisse d’un geste vif, précis, faisant déferler en salves libératrices les timbres chauds et grêles de sa fascinante batterie de tambours sabar. Sacs gonflés, les cornemuses lancent alors leurs bourdons pendant que fusent les mélodies aiguës des bombardes menées par Pierrick Tanguy.
Ce mélange explosif de sabars sénégalais, caisses claires, grosses caisses, binious et bombardes, élaboré en 1998, a reçu l’ovation d’un public enthousiaste à chaque étape de ses tournées européennes. L’enregistrement de cette fusion maîtrisée de deux traditions musicales aux identités fortes représentait un événement créatif particulièrement réussi en ce début de millénaire.
« Doudou Ndiaye Rose & le Bagad Men Ha Tan. Quand Sénégalais et Bretons trouvent des affinités dans leurs traditions musicales », in Hommes & Migrations, n° 1227, 2000. [Lire l'article]

G – Griot

L’aire d’influence mandingue, qui englobe le Sud de la Mauritanie, le Sénégal, la Gambie, la Guinée, le Mali, le Nord de la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, est un fabuleux creuset de musiques. Ce sont incontestablement les plus répandues et les mieux connues des musiques africaines en France. Les peuples de ces régions – Malinké, Bambara, Soninké, Peul, Dioula, etc. – ont su enrichir, chacun à leur manière, un fond traditionnel musical raffiné, aussi puissamment ancré dans une même culture ancestrale qu’un tronc de baobab dans la terre de la savane.
La structure de la société y est sans doute pour beaucoup. Depuis le XIIIe siècle, la caste des griots est attachée à celle des nobles. Conteur, poète et musicien, le griot remplit aussi les fonctions d’historien généalogiste des grandes familles, de chroniqueur de guerre, de conseiller, de diplomate, de gardien des us et coutumes… Amadou Hampâté Bâ décrit magistralement ce que représente le griot mandingue au début du XXe siècle et son rôle primordial dans le maintien de traditions qui alimentent encore l’inspiration des musiciens modernes, descendant ou non de familles de griots.
« Musique mandingue, l’intarissable source d’un art bien vivant », in Hommes & Migrations, n° 1182, 1994. [Lire l'article]

H – Humour

Voyageur curieux, musicien complet et brillant écrivain, Francis Bebey nous a laissé le souvenir d’un travailleur acharné, à l’intelligence incisive. Derrière son masque goguenard de chanteur humoriste aux succès internationaux, sa personnalité riche et complexe respirait la sagesse.
Conteur, essayiste, poète autant que parolier, chanteur et compositeur, cet homme pétillant de culture aura été un artiste dans l’âme, doublé d’un créateur qui jamais ne laissa de place aux compromis. Les souvenirs de sa fille, l’écrivaine Kidi Bebey, et de son plus jeune fils, Patrick Bebey, pianiste et compositeur, éclairent le parcours d’une vie remplie de création.
« Francis Bebey », in Hommes & Migrations, n° 1254, 2005. [Lire l'article]

I – Identité

Idir s’est toujours défendu d’une image qu’on lui aurait collée à jamais. Du petit berger de la région de Benni-Yenni, en Haute Kabylie, lui restent la flûte et les airs qui trottent dans le vent lorsqu’on chemine sur les montagnes. Du lycéen kabyle d’Alger lui reste le goût amer de cette culture arabe que lui ont fait avaler de force de prétendus professeurs – en fait des menuisiers ou des tailleurs dépêchés du Caire. De l’étudiant en biologie lui reste un doctorat dont il ne s’est jamais servi.
De l’inventeur de la nouvelle chanson berbère lui reste un tube, A Vava Inouva, qui a fait le tour du monde, chantée dans d’autres langues par d’autres interprètes. De ses années show-biz lui restent deux albums et pas que des bons souvenirs. De ses années militantes lui reste l’insatiable volonté de défendre les causes justes. Paru en 1999 au catalogue d’une des trois multinationales du disque, Identité, troisième album d’Idir en trente ans de carrière, a figuré en bonne place des hit-parades de ventes, alors qu’il est presque entièrement composé de reprises de ses anciennes chansons.
« Idir. La constance », in Hommes & Migrations, n° 1172-73, 1994 - « Idir. Zénith et identités », in Hommes & Migrations, n° 1224, 2000. [Lire l'article]

J – Jambe [ou Jah]

Le jeu de jambe de Tiken Jah Fakoly a pu constituer l’un des clous de ses spectacles. S’élançant de la coulisse à grandes enjambées il exécutait un bond prodigieux au milieu de la scène. En ces années 2000, le reggaeman ivoirien engagé était le témoin et la victime du conflit qui déchirait son pays, se trouvant contraint à l’exil pendant de longues années.
Au début de son séjour en France, sa carrière prend un tour extrêmement positif, alors que la situation en Côte d’Ivoire se dégrade fâcheusement. En 2002, il nous accorde un entretien en Guyane, où il est l’une des têtes d’affiche du festival Les Transamazoniennes de Saint-Laurent-du-Maroni, qui fait revivre l’ancien bagne aux sons des musiques du monde.
« Tiken Jah Fakoly, l’exil forcé du chanteur ivoirien », in Hommes & Migrations, n° 1226, 2003. [Lire l'article]

K – Kora

Ablaye Cissoko est l’un des joueurs de kora les plus en vue sur la scène internationale. Issu d’une famille de griots musiciens, Ablaye, de son vrai nom Kimintang Mahamadou Cissoko, est né à Kolda au Sénégal en 1970. Subjugué par Saint-Louis du Sénégal, il y a établi son foyer, faisant de la ville son port d’attache. Mais sa prédilection pour ce lieu de rencontre entre le fleuve Sénégal et l’Atlantique ne l’empêche pas de gérer la maison familiale, école de musique et de danse, établie par son père à Dakar dans le quartier de Thiaroye gare.
Imprégné de la tradition orale de sa lignée – les griots Cissoko sont détenteurs de l’art de la kora –, Ablaye joue de la kora depuis l’âge de 8 ans. Après des études au conservatoire de Dakar, il s’est spécialisé dans l’instrument dont il est aujourd’hui un maître virtuose. La kora qui l’accompagne en toutes occasions porte le nom de sa mère, Amaly, disparue alors qu’il n’avait pas encore 2 ans.
« Ablaye Cissoko », in Hommes & Migrations, n° 1310, 2015. [Lire l'article]

L – Liberté

En préservant l’énergie de la scène pour l’enregistrement de Liberté, l’album de Khaled paru en 2009, le producteur artistique Martin Meissonnier redonnait à certains de ses plus grands succès une profondeur jamais encore captée sur disque. Le choix du répertoire invitait à revisiter certains moments clés de la carrière du chanteur, qui lui ont donné l’étoffe d’un authentique phénomène.
L’image de vedette internationale à la vie dissolue et aux frasques imprévisibles, que les médias de masse s’étaient complu à lui tailler sur mesure, s’éloignait de Khaled avec la publication de ce disque. Alors installé au Luxembourg, le chanteur, dans sa cinquantième année, semblait avoir tiré un trait sur une ambiguïté qu’il avait cultivée, plus par jeu que par conviction, autour du personnage sulfureux hérité de ses jeunes années raï.
« Khaled : Liberté », in Hommes & Migrations, n° 1278, 2009. [Lire l'article]

M – Mosaïque

La musique joue un rôle déterminant dans toutes les civilisations africaines où l’oralité fait figure de pilier fondateur. Héritiers de traditions souvent très raffinées, les musiciens africains créateurs d’aujourd’hui sont de ce fait parmi les détenteurs d’éléments essentiels, constitutifs de leurs cultures respectives. Bien que les structures des sociétés africaines contemporaines soient depuis un demi-siècle en pleine mutation, les musiciens ne peuvent entièrement se départir du rôle traditionnellement dévolu au griot. Dans le contexte de déstructuration politique et sociale de la majorité des États africains issus des indépendances, le rôle de l’artiste comme témoin actif et partie prenante de la vie de la nation s’en trouve accentué, surtout s’il est chanteur. Parce qu’il est avant tout porteur de la parole.
« Afrique contemporaine. La création musicale au miroir de l’histoire », in Hommes & Migrations, n° 1257, 2005. [Lire l'article]

N – Nostalgie

En ce jour de 2001, Baaba Maal, personnalité solaire de la scène sénégalaise, nous reçoit dans le salon cosy d’un hôtel chic près des Champs-Élysées. Son élégance naturelle sied à la distinction du lieu, dans lequel il passerait aisément pour un prince. Quelques jours plus tard, lors du concert qu’il donne à Mantes-la-Jolie au profit d’une association communautaire peul, on lui retrouve la même aisance, la même dignité.
Après une série d’albums à la sonorité très internationale, la star des Halpoulaar revient à cette merveilleuse musique peul qui nous l’a fait connaître au début des années 1980. « J’avais la nostalgie du public qui aime ce genre de musique. Beaucoup de gens, en Afrique et ailleurs, ont connu Baaba Maal, Mansour Seck, à partir de ce genre de musique et j’avais envie de les retrouver », explique notre chanteur dandy, avant d’évoquer, volubile, avec un professionnalisme pétri d’intelligence, le contexte de son retour aux sources.
« Baaba Maal », in Hommes & Migrations, n° 1232, 2001. [Lire l'article]

O – Olympia

Le concert de Koffi Olomidé à l’Olympia, fin août 1998, a marqué une date musicale quasi historique pour la communauté congolaise française. En effet, rares étaient alors les artistes africains qui avaient foulé la scène du grand music-hall parisien. Parmi les Congolais, Tabu Ley Rochereau, maître de la rumba, y avait gravé son nom en étant le premier Africain à s’y produire en vedette en 1970. Cinq ans plus tard, c’était au tour de la star féminine du soukouss, feu Abeti Massikini. Dans ce contexte, on comprend aisément l’exaltation de Koffi Olomidé : « L’Olympia, c’est quelque chose de fabuleux, de mythique. J’en rêvais depuis cinq ou six ans et, il y a encore quelques mois, je n’osais croire que ça se ferait. L’idée que je vais chanter sur la même scène que Jacques Brel, qui a toujours été un dieu pour moi, me transporte. “Ne me quitte pas” m’a inspiré une bonne vingtaine de chansons ! » Une belle occasion de découvrir d’un peu plus près le phénomène vivant, alors leader incontesté de la musique congolaise.
« Koffi Olomidé », in Hommes & Migrations, n° 1216, 1998. [Lire l'article]

P – Pionnier

La disparition, le 30 décembre 2013, d’Ibrahima Sylla, fondateur du label Syllart Productions, a constitué une grande perte pour le milieu des musiques du monde. Les centaines de disques produits par ce Sénégalais infatigable ont porté à la connaissance du monde certaines des facettes les plus somptueuses de la création musicale africaine durant trois décennies. On lui doit un trésor de créations, comme l’album Soro de Salif Keïta ou le lancement d’Ismaël Lô, la mise en œuvre des groupes concepts Africando et Mandé Kalou, ou la publication de fastueuses archives patrimoniales. En hommage à ce grand professionnel, Hommes & Migrations publiait des extraits de l’entretien accordé en 2001 pour les 20 ans de son label.
« Hommage à Ibrahima Sylla », in Hommes & Migrations, n° 1305, 2014. [Lire l'article]

Q – Quête

Musicien atypique originaire de la République démocratique du Congo, Ray Lema réside en France depuis 1983. Son parcours musical diffère assez largement de celui des chanteurs congolais de sa génération. D’abord connu comme pianiste à Kinshasa, il ne s’est jamais orienté vers la rumba congolaise. Chargé de constituer le Ballet national du Zaïre, il s’est intéressé aux musiques traditionnelles des multiples ethnies vivant sur l’immense territoire de son pays. Puis son amour du jazz a guidé sa carrière internationale, en quête d’une nouvelle musique pour l’Afrique de demain.
Dans cet entretien de 2011, Ray Lema revient longuement sur ses préoccupations vis-à-vis des relations biaisées entre l’Afrique et l’Occident. Il évoque la République démocratique du Congo, la guerre au Kivu, son amour pour Kinshasa. Il parle du Brésil et de son extraordinaire expérience avec le Jazz Sinfônica Orchestra de São Paulo.
« Ray Lema. Humaniste et musicien », in Hommes & Migrations, n° 1292, 2011. [Lire l'article]

R – Raï

Avec les années 1980, le raï s’impose au Maghreb et dans la diaspora française. Les chansons des cheb et des chaba, enfants terribles de la société algérienne, sont pour la société nord-africaine un choc comparable à l’explosion du rock en Europe. « Mon père ne peut pas entendre un chanteur dire à une fille “Je t’aime”. C’est justement ce que font les cheb et c’est pourquoi il les trouve vulgaire », expliquait le regretté Rachid Baba Ahmed. Car, contrairement à la plupart des autres styles de poésie chantée au Maghreb, qui usent abondamment de la métaphore imagée, le raï peint en langage cru sentiments et désir, conflits sociaux ou familiaux.
En 1989, le Front islamique du salut (FIS) s’empresse d’interdire toute manifestation raï dans les municipalités qu’il a gagnées, dont Oran, berceau du genre. Il n’y a bientôt plus d’autres solutions pour les artistes que de s’exiler. Au milieu des années 1990, après les odieux assassinats de l’étoile du raï-love Cheb Hasni et du grand producteur de raï Rachid Baba Ahmed, la plupart des vedettes sont installées en France, d’où ils poursuivent leurs carrières internationales.
« Le Raï fête ses 30 ans », in Hommes & Migrations, n° 1312, 2015. [Lire l'article]

S – Sport

Avec cette voix au grain étrange, aiguë et rugueuse comme pour râper la douce igname, Bonga a entrepris la conquête des scènes du monde dès le début des années 1970. Chanter, pour lui, était la marque de son engagement contre la puissance coloniale. Celle-ci avait pourtant voulu l’orienter vers un autre destin. Repéré à Luanda, dans les années 1960, pour ses prouesses athlétiques, on l’avait invité à poursuivre des études liées au sport à Lisbonne, où il intégrait l’équipe du Benfica. C’est ainsi qu’il devint au Portugal le recordman junior du 400 mètres.
Après avoir longtemps vécu en France, Bonga s’installe à Lisbonne, où se concentre une importante communauté angolaise en exil, et y poursuit une route artistique pavée de disques d’or et de platine. Il rayonne vers l’Europe, l’Afrique, le Brésil, l’Asie. En 2000, à Paris, il présentait son album à succès, Mulemba Xangola. L’occasion d’une rencontre avec l’ancien sportif devenu chanteur.
« Bonga, la voix des exilés d’Angola », in Hommes & Migrations, n° 1229, 2001. [Lire l'article]

T – Témoin

On l’appelle Noël parce qu’il est né à la période des fêtes de Noël, le 29 décembre 1940 à Léopoldville, future Kinshasa, et « Papa » parce qu’il est de tradition de nommer ainsi le premier fils dans l’ethnie de sa mère, qui l’élèvera seule.
Pionnier de la guitare congolaise, Antoine Nedule Monswet, alias Papa Noël, a marqué la discographie africaine sous son nom ou en orchestre. En soixante ans de carrière, il a été le témoin engagé de toutes les époques de la rumba congolaise, qu’il a enrichi de sa marque. Pourtant, ses qualités d’artiste internationalement reconnu n’ont pas favorisé son accueil en Europe où il réside depuis un quart de siècle. Obtenir la nationalité française fut un rude combat de plus de cinq années. Avec philosophie, il évoque son parcours dans cet entretien de 2015.
« Papa Noël Nedule Monswet », in Hommes & Migrations, n° 1309, 2015. [Lire l'article]

U – Unité

Poète, humaniste, militant de la paix et de l’égalité entre les hommes, Pierre Akendengué s’est engagé en faveur de l’unité africaine à travers ses chansons, alors qu’il résidait en France de 1965 à 1985. Après y avoir bouclé ses études supérieures, il est entré au Petit conservatoire de Mireille en 1967, puis a rejoint l’équipe de Pierre Barouh sur son label Saravah, qui produisait son premier album en 1974.
En 1983, l’album Mando, produit par CBS, propose un traitement artistique visionnaire d’un son qui deviendra celui de la « world music » africaine. Trop en avance, c’est un échec commercial. Pierre Akendengué repart alors dans son Gabon natal et devient conseiller culturel du président Bongo. Le vrai succès mondial arrive en 1993 avec l’album Lambarena, Bach to Africa, où l’artiste, en collaboration avec Hugues de Courson déjà producteur de Mando, mélange des pièces de Bach avec des polyphonies vocales africaines. Nous le rencontrons en 1996 pour la sortie de son album Maladalité.
« Quand Pierre Akendengué rencontre Jean-Sébastien Bach », in Hommes & Migrations, n° 1195, 1996. [Lire l'article]

V – Voix

Installé en France en 1988 avec son groupe Viva La Musica, Papa Wemba, co-fondateur à Kinshasa du groupe Zaïko Langa Langa qui révolutionna la musique congolaise des années 1970, est devenu une icône de la mode africaine, couronné roi de la Sape (Société des ambianceurs et des personnes élégantes).
En 1995, année de parution de cet entretien, il cherche avec ténacité une consécration internationale à sa carrière de chanteur. Elle advient grâce au succès du nouvel album qu’il présente alors, Émotion, réalisé dans les fameux studios Real World de Peter Gabriel. Outre qu’il y déploie la magie d’une voix incomparable, l’option esthétique résolument occidentale de cet enregistrement lui permet de développer une carrière auprès d’un grand public international, qu’il n’était pas encore parvenu à toucher.
« Papa Wemba », in Hommes & Migrations, n° 1187, 1995. [Lire l'article]

W – Wassoulou

La musique du Wassoulou a pris une ampleur grandissante sur la scène malienne à partir des années 1990. Située au sud-est, près des frontières avec la Guinée, la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, cette partie du Mali est le pays des Fula. D’origine peul, ils ont progressivement abandonné leur langue au profit de celles de leurs voisins bambara et malinké. Ils n’ont cependant jamais adopté le système de castes des peuples mandingues. Il n’existe donc pas de griots dans la société traditionnelle du Wassoulou. Oumou Sangaré, formée par sa mère, commence à chanter dès son plus jeune âge. Devenue professionnelle, elle se forge un style qui ne dénature pas les sonorités des instruments traditionnels, tout en abordant des thématiques très appréciées par les nouvelles générations, s’insurgeant notamment contre la polygamie et les mariages forcés. Lors de cet entretien de 1997, la chanteuse de 28 ans possède déjà tous les attributs d’une grande star.
« Oumou Sangaré : malienne, femme et artiste », in Hommes & Migrations, n° 1206, 1997. [Lire l'article]

X – Xénophile

Homme d’un grand savoir et néanmoins modeste, Charles Duvelle fut un modèle pour une génération d’amoureux des musiques du monde. Responsable musical de l’Office de coopération radiophonique (Ocora) depuis sa fondation en 1962 jusqu’en 1974, il a conçu et organisé cette collection de disques aujourd’hui mondialement célèbre, y contribuant par ses enregistrements de terrain.
Après avoir quitté l’ORTF, il continuait d’enregistrer avec une finesse sans égal les musiques les plus reculées de la planète. Nous le rencontrions en 1999 à l’occasion du lancement de sa collection Prophet, présentant une sélection de ses enregistrements, illustrés de ses photographies. En 2017, le label américain Sublime Frequencies publiait un superbe livre-CD de ses enregistrements, certains inédits : The Photographs of Charles Duvelle, Disques Ocora and Collection Prophet. Cet ouvrage allait représenter la coda d’un parcours magnifique dédié à la musique. Le musicien et producteur épris d’humanité tirait sa révérence le 29 novembre 2017, à l’âge de 80 ans.
« Charles Duvel », in Hommes & Migrations, n° 1220, 1999. [Lire l'article]

Y – Yorouba

Fela Anikulapo Kuti est le génial créateur de l’afrobeat. Né en 1938 dans une famille de notables au Nigeria, il tentait d’imposer son highlife-jazz à Lagos au début des années 1960, après des études supérieures de musique à Londres.
Mais la révélation de son destin musical lui vient à Los Angeles, en 1969, de sa rencontre avec les musiques afro-américaines et le message politique des Black Panthers. De retour à Lagos, avec son nouveau groupe Africa ‘70, Fela forge la fabuleuse tension de l’afrobeat, une fusion de rythmes yorouba, de funk et de jazz.
Fervent panafricaniste à la personnalité provocante, Fela pourfend dans ses chansons les régimes militaires corrompus qui pillent les richesses de son pays à leur seul profit. Il provoque l’establishment en se moquant des potentats nantis qui veulent se blanchir. Plus on s’acharne contre lui et plus le musicien résiste… sauf au Sida, qui l’emporte en 1997.
Aujourd’hui, l’afrobeat rayonne bien au-delà du Nigeria. Après la mort de son créateur, sa farouche énergie s’est répandue de par le monde avec sa légende. Des centaines de musiciens font de l’afrobeat un genre vivant, riche de promesses aux quatre coins de la planète.
« Les origines de l’Afrobeat », in Hommes & Migrations, n° 1279, 2009. [Lire l'article] « Afrobeat en devenir », in Hommes & Migrations, n° 1290, 2011. [Lire l'article]

Z – Zaïre

Guitariste, chanteur, auteur, compositeur, homme d’affaires, ce monstre sacré de la musique congolaise était né le 6 juillet 1938. Artiste précoce issu d’un milieu modeste et populaire, François Luambo Makiadi, dit Franco, avait bâti un petit empire, laissant à ses enfants un héritage de plus de 150 albums lorsqu’il s’éteignait à 51 ans, le 12 octobre 1989, terrassé par le Sida. Son œuvre témoigne de l’évolution d’une musique qui a marqué de son modèle plusieurs générations de musiciens dans toute l’Afrique subsaharienne et dans ses diasporas.
Habile homme de pouvoir, Franco a toujours su s’entourer des meilleurs éléments de la scène musicale congolaise, quitte à les acheter au prix fort. Son orchestre a servi d’école à deux générations d’artistes. Ses chansons éclairent les mœurs sociales et politiques. L’ensemble de son œuvre traduit les réalités d’un peuple africain nouvellement souverain. Mal connue, souvent mésestimée par l’Occident, la musique congolaise léguée par ce géant est cependant l’indispensable commentaire d’une des périodes les plus fécondes et les plus violentes de l’histoire du continent africain.
« Franco. Monstre sacré de la musique congolaise. 1938-1965 (première partie) », in Hommes & Migrations, n° 1266, 2007. [Lire l'article] « Franco. Monstre sacré de la musique congolaise, 1969-1989 (deuxième partie) », in Hommes & Migrations, n° 1267, 2007. [Lire l'article]