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Revue Mondes & Migrations Au musée : littérature

Une solitude peuplée

Ce que peut la littérature, pourrais-je, de manière un peu tautologique, hasarder, c’est dire ce qu’aucune autre parole que la sienne n’est en mesure de dire sur une expérience humaine. Je crois qu’il y a, pour toute expérience de notre condition, une part de vérité que la littérature seule peut chercher, dévoiler, révéler. Là est son privilège ; là est aussi sa modestie. C’est une telle idée qui a guidé l’écriture de Silence du chœur lorsque, fin 2015, dans un petit village sicilien où un ami poète m’avait conduit et où je rencontrai plusieurs réfugiés qu’on y accueillait plus ou moins facilement, j’ai eu l’intuition que c’était par la fiction littéraire que je parviendrais le mieux à transfigurer ce réel-là, celui du drame des migrants, pour en révéler la complexité, en montrer la densité anthropologique, en dire à la fois la singularité et l’universalité. C’est aussi cette idée qui m’accompagnera lors de cette résidence au Musée national de l’histoire de l’immigration. Celle-ci sera pour moi, au-delà des différents enjeux et projets qui en constitueront le programme, une manière autre, collaborative, pratique, ouverte, hétérotopique, de poursuivre le défrichage et le déchiffrage de quelques questions nées dans l’écriture : Que peut-on savoir d’une personne qui part ? Arriver est-il plus difficile que partir ? Qu’est-ce qu’accueillir et qu’est-ce qu’être accueilli ? Que peut-on dire sur l’indicible de l’exil ? Y a-t-il une langue universelle de l’exil ? Ce ne sont là que quelques questions que j’aimerais creuser lors de cette résidence. D’autres naîtront des échanges que j’y aurai ; certaines se transformeront, se préciseront, s’étofferont. L’essentiel, pour moi, sera d’accompagner une réflexion littéraire régulière et participative dans les activités du Musée.

Revue Mondes & Migrations Au musée : images

Asiatiques, la communauté invisible ?

Grace Ly et Mike Nguyen : deux personnalités médiatiques livrent leur réflexion Née en 1979 à Grenoble, Grace Ly est une activiste féministe, figure désormais incontournable de l’asiomilitantisme. En 2012, alors qu’elle est agacée d’entendre des horreurs sur la nourriture chinoise, elle crée son blog food, La petite banane, au titre ironique lié à sa double identité franco-chinoise, « jaune dehors mais blanche dedans », en 2012. Avec le climat de crispations identitaires, son blog devient de plus en plus politique. Elle crée également Ça reste entre nous, websérie documentaire qui donne la parole aux Asiatiques en France. Des hommes et des femmes asiatiques de milieux et professions différents contribuent à chaque épisode et échangent, autour d’une table, à propos d’un thème particulier. Réalisatrice, blogueuse, journaliste, elle vient récemment d’ajouter une nouvelle corde à son arc en publiant un premier roman au titre auto-provocateur, Jeune fille modèle, aux éditions Fayard. Aujourd’hui, avec le développement d’une sphère essentiellement culturelle impliquée dans la lutte contre le racisme anti-asiatique portée, par exemple, par le jeune Collectif asiatique décolonial et le magazine Koï fondé par Julie Hamaïde, Grace Ly a accepté de répondre à aux questions de la revue Hommes & Migrations . Artiste protéiforme, inclassable, comédien, rappeur, photographe. De mère française et de père vietnamien qui ont fui le chaos d’après-guerre et s’exilent en France, Mike Nguyen passe son enfance dans le Val-de-Marne où il est MC sur la scène hip-hop et réalisateur de clips. Attiré par la comédie, il étudie l’art dramatique. Après avoir débuté sa carrière à la télévision, il participe à des courts-métrages de cinéma d’auteur et investit le théâtre. On l’a d’ailleurs vu cet été au Festival d’Avignon dans la pièce Certaines n’avaient jamais vu la mer, adaptée du roman de Julie Otsuka, qui fait parler des oubliées de l’histoire : les migrantes japonaises aux États-Unis. Sa passion pour l’image le mène également à la photographie. Il partage sa vie entre Paris et Marseille.

Revue Mondes & Migrations Au musée : portfolio

Collectionneur de mots, les maux du collectionneur

C’est aux Puces de Clignancourt que tout a commencé, il y a vingt ans. Par hasard, j’y achetai une affiche de cinéma évoquant la frontière. Quelque temps après, au même endroit, j’en trouvai une deuxième, celle du film Contrebande au Caire . Des années plus tard, ce seront bel et bien des centaines d’autres d’affiches qui me traceront le chemin vers le Musée national de l’histoire de l’immigration.

Revue Mondes & Migrations Au musée : entretien

"Les Algériens manifestent un grand sens politique"

Entretien avec Benjamin Stora, président du conseil d’orientation du Musée national de l’histoire de l’immigration. Depuis le 22 février, l’Algérie vit un mouvement populaire contre le système politique en place, inédit par son ampleur et sa forme. Ce soulèvement contre la captation du pouvoir, la corruption et les inégalités au sein de la société algérienne, initié par la classe moyenne et les étudiants, est également animé par une volonté profonde de changement de régime politique. Face aux militaires, la société civile aspire ainsi à une nouvelle distribution du pouvoir en Algérie.

Revue Mondes & Migrations Au musée : repérage

La Galerie des dons, objet muséal total

Manifestant la volonté de constituer un patrimoine participatif et incarné, la Galerie des dons occupe une place importante dans le projet du Musée national de l’histoire de l’immigration (MNHI). Revendiquée comme une spécificité par ses concepteurs, appréciée des publics, elle juxtapose des récits de vie individuels, illustrés par des objets, déposés ou donnés, rendant hommage aux " invisibles " en leur donnant sans réserve la parole, réparant tantôt les blessures d’une histoire familiale difficile, tantôt celles d’une intégration laborieuse. Objet muséal passionnant aux réelles réussites, la Galerie des dons engage à réinterroger ses aspirations initiales, tout comme les catégories et les process classiques du patrimoine.

Revue Mondes & Migrations Au musée : images

Documenter les luttes de l’immigration. Regards croisés entre la France et l’Angleterre

Entretien avec Mogniss Abdallah, réalisateur et journaliste, et Ken Fero, réalisateur et chargé de cours en réalisation à la Regents University de Londres. À l’occasion de l’exposition Paris-Londres, Music Migrations qui aborde notamment la question des crimes racistes et des violences policières dans les années 1980, nous avons rencontré Mogniss Abdallah et Ken Fero. Le premier est membre de l’agence IM’média (créée en 1983), une agence de presse basée en France et spécialisée sur l’immigration, les cultures urbaines et les mouvements sociaux, et le second membre de Migrant Media (créée en 1989), un collectif de cinéastes à Londres travaillant sur la production de documentaires autour des mêmes sujets. Les années 1980 ont été marquées en France et en Angleterre par une forte résurgence des crimes sécuritaires et des violences policières sur fond de crise économique, de chômage de masse et de racisme anti-immigrés. IM’média et Migrant Media sont nés de ce contexte particulièrement dur et d’une volonté commune d’enquêter sur ces crimes en les documentant, tout en inscrivant dans la longue durée les différentes formes de résistance politiques ou culturelles qui émergent de ces mobilisations. Retour sur leur travail et plus spécifiquement sur une série de films qu’ils ont réalisés et produits ensemble, Europe Communities of Resistance , exemple concret de regards croisés sur la situation dans les deux pays.

Revue Mondes & Migrations Champs libres : initiatives

Le Musée des civilisations noires a ouvert ses portes à Dakar

Un demi-siècle après l’idée d’un musée consacré aux civilisations noires, lancée par le poète Léopold Sédar Senghor, premier président du Sénégal, lors du premier Festival mondial des arts nègres en 1966, le Musée des civilisations noires (MCN) a été inauguré à Dakar, le 6 décembre 2018. Son architecture monumentale au cœur de la capitale sénégalaise, sa surface de 14 000 m2 et son ambition d’accueillir à terme 18 000 pièces, allant des vestiges archéologiques à l’art contemporain, font de ce nouveau musée une institution culturelle incontournable en Afrique de l’Ouest.