Des acteurs publics et privés engagés sur le terrain de l’humanitaire ont développé depuis plusieurs années des dizaines d’applications numériques à destination des personnes migrantes ou des organisations humanitaires. Les « pays en développement » sont devenus des lieux d’expérimentation en matière de statistiques. Il s’agit d’évaluer les conséquences et les risques de telles expérimentations sur les réfugiés. Dans le camp de Zaatari en Jordanie, l’étude de la collecte des données numériques auprès des réfugiés révèle des mécanismes de dépossession de la donnée qui subsistent entre eux et le personnel humanitaire.
Il y a près de vingt ans, la revue analysait le rôle émergent des technologies digitales sur les migrations humaines vers l’Europe. Dana Diminescu y publiait ses travaux pionniers sur les « e-diasporas » en montrant les outils numériques multiples qui sont mobilisés pour construire des communautés transnationales et conserver des liens familiaux, sociaux et économiques étroits, déployés sur une large cartographie du monde. Avant la pandémie de la Covid-19, les migrants inventaient ainsi d’autres manières de vivre à distance qui se sont généralisées avec les confinements sanitaires.
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Revue Mondes & MigrationsArticle de dossier/point sur
Il y a un presque vingt ans, en 2003, la revue Hommes & Migrations publiait un premier numéro sous ma direction qui était dédié à l’étude des migrations et des migrants en relation avec le développement des Technologies informatiques de la communication (TIC). Ces technologies digitales qui se déploient en réseaux peuvent servir et augmenter une forme de fonctionnement sociétal réticulaire, par essence, qui s'avère spécifique aux migrants et à leurs diasporas et qui se manifeste, en premier lieu, par différentes formes d’action et de présence à distance. Déjà, à la fin des années 1990, nous avons pu constater l’émergence d’une nouvelle figure de migrants : le migrant connecté. Ce que j'entends, aujourd’hui, par « migrant connecté » est un migrant équipé avec au moins un outil digitalisé qui lui permet de switcher instantanément entre plusieurs mondes d’existence. Cet outil lui donne accès et lui permet de naviguer dans un environnement digitalisé connecté. Cet environnement peut être dans le pays d’accueil, dans celui de destination, ou ailleurs. Le migrant connecté porte son « chez-lui » via son capital d’accès, son téléphone mobile, sa carte bancaire, son passeport biométrique, etc. Cela comprend toutes ses appartenances aux territoires, aux institutions civiles (sécurité sociale, banque, transport, etc.), ainsi que ses réseaux familiaux, professionnels et amicaux. Je le vois donc plus proche de la figure du navigateur que de celle du déraciné. Le migrant connecté se manifeste par une présence connectée qui se produit, tout d’abord, par une joignabilité permanente. Cette présence connectée est composée de différentes formes de présences potentielles et actualisées, dont la caractéristique commune est qu’elles ne sont jamais complètes, au même titre que la présence produite face à face.