Tableau
Sans titre, Série Les Hittistes
Djamel Tatah, Sans titre (Les Hittistes), 2008, huile et cire sur toile, 205,5 cm x 173,5 cm, Collection du Musée national de l'histoire de l'immigration, 2008.62.1
© Musée national de l'histoire de l'immigration
Lorsque l’on s’arrête sur le travail de Djamel Tatah, on est frappé par la ressemblance de ses toiles et la mélancolie des personnages qui se détachent de fonds monochromes aux couleurs sombres, vibrantes, profondes. Quatre figures hiératiques et silencieuses évoluent dans des espaces obscurs selon un principe de répétition séquentiel, presque cinématographique.
Des adolescents sont saisis comme en dehors du temps, en suspension, flottant. Les corps et les visages, tous d'une même tonalité pâle, aux yeux cernés de bleu, paraissent absents. Une manière d'abolir toute trace d’émotion, toute appartenance sociale ou raciale.
Informations
Huile et cire sur toile
H. 205,5 cm, l. 173,5 cm
Une jeunesse en attente
Ces figures peuvent se lire comme l’allégorie d’une certaine jeunesse d’aujourd’hui, que l’on retrouve de part et d’autre de la Méditerranée, dans les rues de Marseille ou d’Alger, de Palerme ou de Tanger. Ces « hittistes » (littéralement « ceux qui tiennent les murs ») sont en attente d'un avenir, d'une réponse, d'une personne où peut-être même d'un rêve ?
Mais ce qui émerge avant tout de ces personnages, c’est une impression de dépouillement et de grande solitude. Cette solitude ontologique que chacun porte en soi comme une expérience unique et profondément intime.
Isabelle Renard, directrice de la conservation et des expositions, Musée national de l’histoire de l’immigration.
Texte issu du portfolio d'œuvres sur les artistes maghrébins en création, revue Mondes & Migrations, « Héritages maghrébins », n°1355 octobre-décembre 2026.
La répétition dans l’œuvre
Je fais toujours le même tableau. J’explore toujours le même sentiment, le même rapport au monde, avec une insatisfaction perpétuelle qui me pousse à continuer. La répétition est inhérente à mon travail. (...) Pourquoi ce personnage est-il répété plusieurs fois ? C’est pour accentuer l’idée. Comme dans la musique répétitive, cela devient progressivement lancinant. Mais c’est une fausse répétition. Tout se passe dans les nuances.
Djamel Tatah, « En face du monde », entretien de Djamel Tatah avec Jérôme Sans, in Made By Djamel Tatah, éd. Kamel Mennour et galerie Enrico Navarra, 2008.
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