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L’émigration et l’exil dans la poésie amazigh du Maroc


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Champs libres : initiatives

À l’occasion de la parution d’un recueil de poèmes en langue amazigh (transcrits en caractères latins) et traduits en français sous le titre Je vais rejoindre le paradis qu’on nous a dit. Poésie marocaine amazigh sur la migration, l’association Migrations & Développement (M&D) revient sur les thèmes abordés par ce corpus exceptionnel issu de la collecte de plus de cent œuvres sur la migration marocaine, qui constitue un témoignage unique sur des expériences migratoires.

Ce bouquet de poèmes amazigh inédits est dû à Si Mohamed Moustaoui, écrivain et chercheur, mais également poète, qui a arpenté les vallées et les hauteurs de l’Atlas afin de débusquer les arcanes des poètes de l’émigration et leurs œuvres. Ce travail de recherche a été initialement publié en caractères arabes. M&D en a extrait une sélection de poèmes et les a traduits pour les présenter dans ce recueil. La traduction a été confiée au professeur Mhand Bouchadi.

Je vais rejoindre le paradis qu’on nous a dit

Depuis 2010, La lettre de Migrations & développement a publié régulièrement des poèmes sur le fait migratoire. C’est ce travail que l’association poursuit aujourd’hui. Enracinée depuis son origine dans le territoire des migrants qui l’ont créée, M&D se devait de solliciter l’expression poétique d’un fait social total qui continue d’imprimer une trace profonde sur son territoire d’action. Là où l’association mène un travail de soutien au changement social porté par des hommes et des femmes qui, tous, ont un parent de l’autre côté des mers, quand ils n’ont pas eux-mêmes connu la migration.

« Rejoindre le paradis qu’on nous a dit » est une expression qui témoigne d’une époque révolue pour les générations de la diaspora d’aujourd’hui : l’aspiration économique des célibataires d’origine rurale des années 1960 et 1970 qui pensaient revenir au pays avec un pécule pour mieux vivre là d’où ils étaient partis. Les traces laissées dans ces poèmes sont d’autant plus précieuses : ces hommes étaient généralement sobres dans leur expression. Les poètes ont été leur porte-voix. Mais les poèmes évoquent aussi les espoirs très contemporains de ces jeunes marocains, toujours en quête d’un paradis, qui prennent tous les risques pour affronter les dangers de la mer.

Cette publication par M&D résonne avec sa démarche d’appui aux projets culturels de jeunes du Maroc, en pleine émergence de l’individu, en quête d’engagement dans leur espace social, de conquête de leur autonomie. M&D s’est donné comme objectif de faire de la migration un choix et non une fatalité. Inlassablement, ces poèmes interrogent ce « paradis » du Nord qu’on se doit de « rejoindre » et sur ce « on » qui, au Sud, le fait miroiter.

الهجرة والاغتراب في الشعر المغربي الأمازيغي قصائد أمازيغية شعرية معربة - Mohamed Moustaoui, Émigration et aliénation dans la poésie amazighe du Maroc, Agadir, éd. Imprimerie principale, coll. « Taousna », 2011.

Article issu de

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N°1329 avril-juin 2020


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