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Pour un juste regard


Par
collectif Programme national d’accueil en urgence des scientifiques en exil (PAUSE) et Open Society Foundations (OSF)
Rubrique
Éditorial

Et si ce qui a été improprement appelé « crise des réfugiés » était en fait une crise morale et politique des sociétés européennes face aux migrants ? Une crise de la représentation de l’autre, de l’exilé ? Dans ces conditions, comment lutter contre les représentations erronées qui justifient la méfiance, l’inhospitalité, voire l’hostilité, de nos sociétés à l’égard des exilés, cette « politique de l’inimitié » selon les mots d’Achille Mbembé, de ceux qui rejettent le devoir humaniste et cosmopolite d’hospitalité ?

En opposant la connaissance aux fantasmes, la réalité aux peurs. En donnant à voir et à entendre, en incarnant cet Autre poussé à l’exil, dont le sort est d’être oublié, invisible.

Le projet Regards sur les exils scientifiques contraints d’hier et d’aujourd’hui (RESTRICA) porté par l’engagement sans relâche et le talent de ses auteurs, Pascale Laborier et Pierre-Jérôme Adjedj, donne une voix et un regard à l’exil scientifique. En cela, il participe de ce changement nécessaire des représentations de l’exilé, de cette construction d’une mémoire collective de l’exil scientifique.

Participer à ce projet a été une évidence pour PAUSE, comme en témoignent tous ces portraits d’hommes et de femmes de science, originaires des quatre coins du monde, ces accueillants et ces accueillis dans le cadre du programme, dont on ne peut souvent déceler qui est qui ; tous réunis, chacun avec ses convictions propres, son histoire et son parcours, dans un engagement commun en faveur de la défense du savoir, des libertés académiques et, au-delà, de la liberté de penser, de s’exprimer, de critiquer, de questionner, de la liberté tout court.

En témoignant de l’expérience singulière des exils scientifiques, en leur donnant une expression artistique, le projet RESTRICA et ce hors-série d’Hommes & Migrations, qui accompagne l’exposition Poser pour la Liberté accueillie à la Cité des métiers d’art et du design, contribuent par l’image et les mots à rendre visibles et dicibles ces récits de vie de chercheurs et chercheuses contraints à l’exil. À leur donner une voix et un regard. À saisir cette réalité multiple à travers le palimpseste et le hors-champ.

Les scientifiques, les intellectuels, les artistes, esprits libres par excellence, garants de la liberté de pensée, d’expression, de création, du savoir et de la culture, sont les premières cibles des obscurantismes et des extrémismes, dont aujourd’hui nul n’est à l’abri, où qu’il soit, d’où qu’il vienne. La nationalité ne protège pas, comme en témoignent dramatiquement l’arrestation en juin 2019, à l’occasion d’une mission de recherche en Iran, puis la détention de la chercheuse franco-iranienne Fariba Adelkhah et du chercheur français Roland Marchal. Pas plus que les frontières, alors que les fondements des sociétés ouvertes et démocratiques sont menacés par la montée des extrémismes, religieux et identitaires. L’assassinat barbare de l’enseignant Samuel Paty en octobre 2020 à Conflans-Sainte-Honorine, dont nous souhaitons ici saluer la mémoire, nous le rappelle de façon effroyable.

En ces temps sombres, plus que jamais, il nous faut collectivement faire acte de résistance, défendre la liberté académique partout où elle est attaquée, protéger les créateurs et les transmetteurs de savoirs et de culture contre toutes les censures et les violences morales, physiques ou symboliques.

Telle est la vocation du PAUSE et c’est pourquoi, avec Open Society Foundations (OSF), notre partenaire, nous soutenons le magnifique et indispensable projet Restrica.

Article issu de

Poser pour la liberté

Portraits de scientifiques en exil

N°Hors-série automne 2020

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