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Les Hirondelles de Kaboul

Film de Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec (France, 2019)


Par
Mouloud Mimoun Journaliste Cinéma.
Rubrique
Champs libres : films

Au début des années 2000, l’écrivain algérien Yasmina Khadra s’attaque à une trilogie qui paraît chez Julliard Les Hirondelles de Kaboul, suivies de L’Attentat et Les Sirènes de Bagdad. Le succès est foudroyant (600 000 exemplaires vendus pour le seul Hirondelles de Kaboul) et consacre Yasmina Khadra comme un écrivain qui va connaître la notoriété internationale (ses ouvrages sont traduits dans cinquante langues).

Zabou Breitman, actrice et metteur en scène de théâtre et de cinéma, est contactée en 2012 par le producteur Julien Monestiez qui lui soumet un scénario adapté des Hirondelles de Kaboul pour faire un film d’animation. L’idée séduit la cinéaste qui n’est d’accord qu’à une seule condition : « que les personnages soient portés par le jeu des acteurs au lieu que les comédiens soient au service de gestuelles ou de mimiques préétablies ».

Le montage financier du film va prendre plusieurs années, d’autant que le Centre national du cinéma français – et pourtant de l’image animée ! – lui refuse une subvention, ne cautionnant pas l’originalité de la démarche de Zabou Breitman. Et de fait, cette dernière chamboule la tradition du film d’animation en commençant par enregistrer une bande-son sur laquelle les comédiens jouent et sont dirigés par elle.

Dans un deuxième temps intervient le stade du graphisme confié à une jeune dessinatrice – qui cosigne le film –, Eléa Gobbé-Mévellec, qui va totalement adhérer à cette forme singulière de réalisation, produisant des aquarelles en 2D dont la beauté exprime l’esthétique du film et sa richesse graphique.

Le récit reprend tout naturellement l’intrigue du roman. L’action se déroule en 1998, à Kaboul, lorsque la capitale afghane est sous le joug des Talibans qui exercent souvent avec violence leur autorité totalitaire. Mohsen (Swann Arlaud) et Zunaïra (encore une prestation remarquable de Zita Hanrot) forment un jeune couple qui s’aime d’amour. En dépit de la violence et de la misère dans laquelle ils baignent, les deux jeunes gens veulent croire en l’avenir. Cependant, un geste insensé de Mohsen va précipiter les événements et conduire le jeune époux à la mort et la jeune femme à la prison dont le garde-chiourme Atiq, interprété par Simon Abkarian, va modifier un destin d’où la fatalité va être vaincue.

Zabou Breitman a toutefois pris quelques libertés avec le roman originel, et ce avec la bienveillance de Yasmina Khadra. C’est ainsi que Zunaïra est dessinatrice « afin, nous dit la cinéaste, que le dessin se dessine, acte ultime de résistance, et afin d’avoir cette fresque sur le mur et Atiq de dos, homme puissant devenu bien petit devant la nudité de la grande femme… ».

Les images parlent au même titre que les personnages, et le pastel des aquarelles donne un rendu des couleurs bien éloigné de celui qu’on rencontre habituellement dans les films d’animation traditionnels. Sur les écrans français depuis le 4 septembre, Les Hirondelles de Kaboul, bien qu’adossé au dessin et à l’animation, relève d’une écriture cinématographique à laquelle Zabou Breitman a apporté à la fois maîtrise et talent.

Article issu de

Capitales européennes et diversité culturelle

Portfolio : L'année 1939 dans les collections du Musée

N°1327 octobre-décembre 2019

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