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Roubaix, une lumière

Film d'Arnaud Desplechin (France, 2019)


Rubrique
Champs libres : films

Incontestablement, l’année 2019, et plus particulièrement la rentrée de septembre, consacrent le talent et la place privilégiée qu’occupe désormais l’acteur réalisateur franco-marocain Roschdy Zem dans le 7e art et l’audiovisuel français.

Il y a d’abord le cinquième long-métrage qu’il a mis en scène, Persona non grata, dans lequel il incarne une sorte de tueur à gages renouant avec ses premiers emplois, il y a 25 ans, quand il ne sortait pas des rôles de dealer ou de petite frappe auxquels étaient cantonnés les acteurs franco-maghrébins issus des cités.

Et puis tout change. Dans Roubaix, une lumière d’Arnaud Desplechin, qui aurait pu prétendre à la Palme d’Or de Cannes 2019, il endosse « l’habit » d’un commissaire de police, Daoud, qui officie dans la ville où il a grandi, en l’occurrence Roubaix, ce Nord si cher à Desplechin qui s’y immerge avec une connaissance aigüe des lieux, de l’atmosphère des mentalités et du contexte social. Le récit donne à voir dans une première partie, le quotidien, fait de faits divers, d’un commissariat où convergent une voiture brûlée ou la fugue d’une jeune beurette franco-algérienne entre autres…

L’intrigue centrale, elle, se noue sur un mode thriller autour de l’assassinat d’une vieille femme de 83 ans auquel est mêlé un couple féminin formé par Léa Seydoux (Claude) et Sara Forestier (Marie), toutes deux sorties d’un fait divers réel (traité sous forme de documentaire) et dont s’est inspiré fortement le réalisateur Arnaud Desplechin. Mais le rapport au réel prend fin ici pour emprunter les arcanes de la fiction.

Desplechin, pour une rare fois, tourne le dos au romanesque, jusque-là sa forme de fabrique, pour emprunter les travers de la métaphysique, ce qui confère à Roubaix, une lumière une tonalité qui donne au propos toute sa profondeur psychologique révélée par le jeu des comédiens principaux et des seconds rôles, tous remarquables.

Mais le personnage qui survole le film, c’est bien sûr Roschdy Zem… Au départ, il y a sa silhouette très élancée, son visage autant cabossé que marquant, sa démarche, son côté à la fois humaniste et taiseux qui débouchent sur ce qu’au cinéma on appelle la « présence ». Une relation singulière s’établit entre Daoud et Louis (Antoine Reinartz), un collègue policier mal dans sa peau de catholique pas au clair.

Les scènes d’interrogatoire des deux jeunes coupables ne sont pas sans rappeler le naturalisme et le vérisme qui caractérisent Polisse de Maïwenn. Le spectateur n’est plus extérieur aux situations, il est en pleine immersion dans le réel. Et les différences d’approche des policiers, souvent dans l’excès et les cris, font écho à la force tranquille et humaine de Daoud, proche de la vraie personnalité de Roschdy Zem. Mais l’évènement audiovisuel sur lequel nous reviendrons, c’est certainement la série Les Sauvages à l’écran de Canal+ dès septembre (6 x 52 min) où Roschdy Zem incarne un candidat beur à la présidence de la République et qui constituera sans aucun doute un événement national qui interroge l’identité de la France et sa dimension multiculturelle…

Article issu de

Capitales européennes et diversité culturelle

Portfolio : L'année 1939 dans les collections du Musée

N°1327 octobre-décembre 2019

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