Parcours

42000-2020 : Circulations et réinventions

Depuis une trentaine d’années, le cinéma devient aussi un espace de transmission, de réparation et de circulation entre les deux rives de la Méditerranée. Les histoires longtemps tenues à l’écart du récit national trouvent enfin leur place à l’écran.

Daw, un film de Samir Ramdani, 2023 © Samsha films

Daw, un film de Samir Ramdani, 2023 © Samsha films

© Samsha films

En évoquant la guerre d’Algérie, les discriminations héritées de l’histoire coloniale ou les mobilisations citoyennes contre les crimes racistes, des réalisateurs s’attachent à réparer les effacements de l’histoire officielle.

Parallèlement, les frontières se déplacent. Certains films explorent les liens qui unissent la France, l’Algérie, le Maroc et la Tunisie, mais aussi les trajectoires de celles et ceux qui vivent entre plusieurs territoires. Le départ, le retour, l’entre-deux deviennent de nouveaux imaginaires du cinéma.

À partir des années 2000, les récits se tournent vers des histoires plus personnelles, où les mémoires familiales deviennent des sujets centraux. Certains s’intéressent au pays de leurs parents ou de leurs grands-parents, d’autres s’y installent, y tournent ou y produisent leurs films.

Ensemble, ils réinventent et ouvrent une nouvelle page de l’histoire du cinéma.

Acteurs du film Indigènes lors du 59ème festival de Cannes, cérémonie de clôture, 2006

Acteurs du film « Indigènes » lors du 59e festival de Cannes, cérémonie de clôture, 2006

© Pool Benainous / Catarina / Legrand / Gamma Rapho

Le cinéma pour panser les plaies de l'histoire

Nos Frangins, 2022, photographie de Guy Ferrandis

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Nos Frangins, 2022, photographie de Guy Ferrandis

Credit

© 3B

Désormais pleinement reconnus, des cinéastes et producteurs portent à l’écran des sujets de société jusqu’alors délaissés par les longs métrages de fiction.

Yamina Benguigui fait figure de pionnière avec Mémoires d’immigrés, l’héritage maghrébin (1997), documentaire en trois volets sur les pères, les mères, les enfants. Le triomphe d’Indigènes de Rachid Bouchareb marque un tournant majeur. En redonnant chair aux soldats coloniaux oubliés, la reconstitution historique devient un geste à la fois esthétique et politique.

Hors-la-loi (Rachid Bouchareb, 2010), Omar m’a tuer (Roschdy Zem, 2011), Ici on noie les Algériens (Yasmina Adi, 2011), La Marche (Nabil Ben Yadir, 2013) ou Nos frangins (Rachid Bouchareb, 2022) poursuivent cette réparation par l’image.

Affiche du film "Ici on noie les Algériens" de Yasmina Adi

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Affiche du film « Ici on noie les Algériens », de Yasmina Adi (2011). Collection du Musée national de l'immigration, 2022.7.45.

Credit

© Palais de la Porte Dorée

Affiche du film Hors-la-loi, Rachid Bouchareb, 2010

Affiche du film Hors-la-loi, 2010, Rachid Bouchareb

© 3B

Album de famille

Le cinéma français a toujours raconté les histoires de famille. Désormais, celles des immigrés et de leurs descendants en font pleinement partie. Albums photos, vidéos amateurs, repas, langues qui se mélangent, souvenirs et silences deviennent la matière de documentaires comme de fictions. À travers ces récits intimes, les cinéastes réhabilitent la génération des parents et enrichissent le cinéma français d’un nouvel imaginaire de la transmission.

Ce qui avait parfois été vécu comme une gêne devient un héritage à embrasser, à aimer et à transmettre.

La Petite Dernière

La petite dernière de Hafsia Herzi © 2025 June Films – Katuh Studio – Arte France Cinéma - ZDF - MK Productions - MK2 Films

Casser les codes

Aujourd’hui, des cinéastes s’emparent librement de tous les genres. Après avoir exploré la mémoire algérienne dans ses documentaires, Damien Ounouri passe à la fresque historique avec La Dernière Reine (2022), où il met les codes du cinéma épique au service d’une histoire longtemps absente des écrans. Emma Benestan fait surgir le fantastique avec son film Animale (2024), après avoir interrogé l’identité, le désir et les héritages dans Fragile (2021). Houda Benyamina revendique son amour des grands films de cape et d’épée et les réinvente au féminin avec Toutes pour une (2024), convaincue que la fiction populaire peut faire évoluer les imaginaires en offrant aux petites filles des héroïnes auxquelles s’identifier. Enfin, Sofia Alaoui ouvre Animalia (2023) à la science-fiction et au récit cosmique.

"Animalia", un film de Sofia Alaoui

« Animalia », un film de Sofia Alaoui

© AD VITAM

Ces cinéastes retrouvent, parfois sans le savoir, les intuitions de pionniers comme Tewfik Farès, Mohamed Zinet ou Mahmoud Zemmouri : faire de la double culture non un manque, mais une ouverture sur le monde.

Héritiers de plusieurs cultures cinématographiques, ces réalisateurs et réalisatrices élargissent les genres autant qu’ils renouvellent les imaginaires du cinéma français.