Focus

15 films à découvrir avant de visiter l'exposition

De l’invention de nouvelles formes aux regards singuliers de cinéastes, cette sélection vous propose un avant-goût, à découvrir sur écran, de l’exposition Une histoire du cinéma français. 

Affiche du film Les Ambassadeurs

Les Ambassadeurs, de Naceur Ktari, 1977 

En 1970, Mektoub ? d’Ali Ghalem projette pour la première fois, sur les écrans français, l’image d’un immigré qui traverse la Méditerranée à la recherche d’une vie meilleure, influençant nombre de cinéastes immigrés ou issus de l’immigration. La France est alors le théâtre d’une vague d’attentats racistes, et le climat de haine et de peur pousse le Tunisien Naceur Ktari à prendre la caméra pour dénoncer les conditions de vie précaires des immigrés, confrontés au déracinement, au racisme et à l’insécurité. Après une enquête de huit mois dans le quartier de la Goutte-d’Or, le film démarre par ce qui ressemble à un simple fait divers : le meurtre d’un Algérien de quinze ans, sorti acheter du lait et assassiné d’une balle dans la nuque par son concierge. Grâce à Naceur Ktari, ce fait divers va devenir un réquisitoire antiraciste aux dimensions universelles.

Ahmed Bedjaoui, Extrait du catalogue de l’exposition, Héritages maghrébins. Une histoire du cinéma français, p. 40. 

Affiche du film Prends 10 000 balles et casse-toi, de Mahmoud Zemmouri, 1982

Prends 10 000 balles et casse-toi, de Mahmoud Zemmouri, 1982 

Dans ce premier long-métrage sorti en 1982, Mahmoud Zemmouri revient sur la mise en place en 1977 d’une prime de 10 000 francs accordée au retour volontaire des immigrés dans leur pays d’origine, dispositif appelé « million Stoléru ». 

Un couple d’immigrés algériens décide de profiter de ce maigre pécule pour rentrer au pays. Ils débarquent à Alger dans une 404 rutilante, sans se rendre compte que leurs deux enfants, Fifi et Mus Travolta, nés en France, sont totalement ignorants de l’Algérie. Leur arrivée à Boufarik, ville natale de Zemmouri, va susciter une suite de mésaventures et de désordres rocambolesques. 

En réalité, le film a été tourné près d’un an après l’abrogation du dispositif d’aide au retour. Cet entre-deux a permis au cinéaste de souligner le choc des cultures auquel une génération fut confrontée avec la Marche pour l’égalité et contre le racisme organisée l’année suivante. Grâce à l’humour caustique si caractéristique de son cinéma, n’épargnant ni le pays d’accueil ni celui des origines, Mahmoud Zemmouri décrit les fossés qui se sont creusés entre la génération des premiers immigrés et celle de leurs enfants. 

Ahmed Bedjaoui, Extrait du catalogue de l’exposition, Héritages maghrébins. Une histoire du cinéma français, p. 138. 

Affiche du film Hexagone, de Malik Chibane, 1994

Hexagone, de Malik Chibane, 1994 

D’emblée, Hexagone (1994), premier long-métrage de Malik Chibane, installe une forme réaliste, quasi chorale. À cinq jours de l’Aïd, cinq Goussainvillois – Ali, Staf, Slimane, Samy et Nacéra –, enfants d’immigrés algériens et marocains, arpentent, à pied, en RER ou en voiture, un Hexagone au racisme omniprésent. À l’ANPE, au Pacific Club et jusque dans les relations amoureuses, Chibane met en scène leurs questionnements autour de la possibilité d’être des citoyens français à part entière, dans un pays habité par l’héritage de la colonisation et où le marché du travail ne semble leur promettre guère autre chose que la condition ouvrière parentale. À travers la trajectoire de Samy, grand frère de Slimane, l’ombre de l’épidémie d’héroïnomanie parmi les enfants des diasporas maghrébines, passée sous silence par les pouvoirs publics, donne au film une tension dramatique, que l’humour des dialogues ne dissipe jamais tout à fait. 

Léa Brunet, Extrait du catalogue de l’exposition, Héritages maghrébins. Une histoire du cinéma français, p. 107. 

Affiche de Leur Algérie , de Lina Soualem, 2020

Leur Algérie, de Lina Soualem, 2020 

Après soixante ans de vie commune à Thiers, en Auvergne, deux vieux immigrés algériens se séparent. C’est le point de départ de ce documentaire familial, dans lequel Lina Soualem donne la parole à ses grands-parents : Mabrouk, l’ancien ouvrier malingre et taiseux, et Aïcha, l’ancienne femme au foyer, joyeuse et solide ; mais aussi à son père Zinedine Soualem, comédien français reconnu. Les interrogeant d’abord sur leur rapport à l’Algérie, qu’ils ont quittée dans les années 1950 et dont Zinedine ne parle jamais, la réalisatrice explore davantage la vie qu’ils ont essayé de construire ici en France, tant bien que mal, et ce qu’ils ont réussi à transmettre à leurs enfants de l’histoire doublement douloureuse de l’immigration et de la France ouvrière.

À partir de fragments de rares archives familiales qu’elle fait dialoguer avec les mots et les silences de ses grands-parents, Lina Soualem réhabilite le récit intime de millions d’invisibles, immigrés et ouvriers broyés par le travail, si longtemps gommés des livres d’histoire et des écrans du cinéma français. 

Salima Tenfiche, Extrait du catalogue de l’exposition, Héritages maghrébins. Une histoire du cinéma français, p. 176. 

Affiche du film Daw de Samir Ramdani

Daw, de Samir Ramdani, 2023

Quelque part en banlieue parisienne, des adolescents disparaissent mystérieusement… Avec son court-métrage Daw, Samir Ramdani revient sur le massacre du 17 octobre 1961 en mêlant subtilement mémoire historique et codes du thriller de science-fiction. Par le jeu d’un court-circuit temporel, le passé resurgit et vient hanter le présent. En transposant cet événement dans un récit contemporain, le réalisateur en fait un puissant vecteur de transmission, qui invite les jeunes générations à se réapproprier cette mémoire.