Focus

3L'Abécédaire des films

60 ans de cinéma français en chroniques

Parcourez 60 ans de cinéma français à travers une sélection de chroniques de films issues du catalogue de l'exposition et de la revue Mondes & Migrations. 

A

Ali au pays des merveilles, d’Alain Bonnamy et Djouhra Abouda (1975)

Ali au pays des merveilles est un film-essai expérimental sur la condition des travailleurs immigrés algériens dans la France des années 1970 : une figure totalement absente du cinéma « de recherche », ce qui enfait la seule œuvre en France à avoir réuni deux radicalités : l’expérimentation plastique et la militance politique. La musicienne DjouhraAbouda et son compagnon Alain Bonnamy mobilisent tout l’arsenal du cinéma expérimental de l’époque : surimpressions et flickers, images-mosaiques et images dédoublées, accélérations et ralentis, photos fixes et animation, jump cuts et plans de coupe infinitésimaux, déformations optiques à la caméra ou en post-production. Ils construisent leur film selon un montage musical compose de refrains sonores ou vocaux et de rimes de motifs figuratifs. La structure en forme d’essai à thèmes successifs (le travail, la ville, le logement, les femmes, les enfants, les hommes, etc.) s’inscrit dans une conception d’ensemble circulaire, qui nous fait traverser toutes les étapes de la journée du travailleur algérien.

Federico Rossin, texte extrait du catalogue Héritages maghrébins. Une histoire du cinéma français, Paris, Éditions de la Martinière/Palais de la Porte Dorée, 2026, p. 54.

Alpha de Julia Ducourneau (2025)

Après la Palme d’or de Titane (2021), Julia Ducournau situe son nouveau film au cœur de la crise du sida. Le corps, territoire central de son cinéma depuis Grave, y cristallise les regards sociaux, oscillant entre fascination et stigmatisation. En déplaçant l’enjeu narratif vers la maladie, le film éclaire les logiques de l’exclusion et de l’assignation identitaire, interrogeant ce que la mise à distance des corps perçus comme « autres » révèle de notre humanité la plus intime. La distribution contribue à ancrer Alpha dans une histoire de l’immigration. Golshifteh Farahani incarne une jeune médecin, tiraillée entre deux cultures – inspirée de la mère d’origine kabyle de la réalisatrice –, tandis que Tahar Rahim, dont la performance est saisissante, représente toute une génération d’interprètes issus de l’immigration maghrébine. Par ce double ancrage, corporel et culturel, Alpha participe à redéfinir un cinéma national, ou les marges deviennent des espaces centraux de création et de pensée.

Anaïs Vincent. Texte extrait du catalogue Héritages maghrébins. Une histoire du cinéma français, Paris, Éditions de la Martinière/Palais de la Porte Dorée, 2026, p. 215.

 


B

Bonne mère de Hafsia Herzi (2020)

Dans Bonne Mère, Hafsia Herzi brosse le portrait de Nora (Halima Ben Ahmed), la cinquantaine, sorte de mère courage qui partage son temps entre son travail de femme de ménage et l’éducation de ses cinq enfants. Inspiré de son histoire personnelle, le film rend un hommage appuyé à toutes ces mères franco-maghrébines qui luttent contre la pauvreté dans ces cités nord de Marseille. 

Lire l'article de Mouloud Mimoun, in Hommes et Migrations, n°1334, 2021

 


C

Chouchou de Merzak Allouache (2003)

Chouchou enchevêtre plusieurs recettes. La première marche à tous les coups : un étranger arrive en France et s’étonne de tout. Et voici Gad Elmaleh habillé en Indien chilien, baragouinant un mauvais espagnol avec l’accent arabe. Rire assuré. La deuxième consiste à montrer que cette caricature est un être humain sensible et attachant. Tendresse assurée. La troisième transforme ce naïf en un gars astucieux plus que débrouillard, dont l’énergie le tire du moindre faux pas. Identification assurée. Enfin, la quatrième fait de ce vrai héros l’archétype de la différence : un travesti. Émotion assurée. Chouchou étale son origine maghrébine à longueur de répliques, ce qui déplace le sujet : le travesti est un immigré sans papiers et sa différence de genre humanise sa différence culturelle. Il ressort de la foule ; Chouchou est un cas, avec au programme le slogan : « Le rencontrer, c’est l’aimer ! » C’est donc cette rencontre qu’orchestrent Merzak Allouache et Gad Elmaleh, à partir d’un sketch à succès d’Elmaleh ; ils font d’une comédie légère un plaidoyer pour la tolérance.

Olivier Barlet, texte extrait du catalogue Héritages maghrébins. Une histoire du cinéma français, Paris, Éditions de la Martinière/Palais de la Porte Dorée, 2026, p. 147.

Citoyen d’honneur de Mohamed Hamidi (2022) 

Samir Amin (Kad Merad) est un écrivain comblé, prix Nobel de littérature, qui vit à Paris, replié sur lui-même, loin de son pays natal, l’Algérie. Il refuse systématiquement toutes les invitations qui lui sont faites jusqu’au jour où, contre toute attente, il décide d’accepter d’être fait « citoyen d’honneur » de Sidi Mimoun, la petite ville où il est né... Une comédie caustique, adapté d'un film argentin sorti en 2016.

Lire l'article de Mouloud Mimoun, in Hommes et Migrations, n°1338, 2022

 


D

Des figues en avril, de Nadir Dendoune (2018)

Des figues en avril retrace le destin, de la Kabylie à L’Île-Saint-Denis, de Messaouda Dendoune, dans toutes ses dimensions de femme, immigrée, épouse, mère, grand-mère, arrière-grand-mère. Dans le huis clos de l’appartement de la cité Maurice-Thorez, la caméra de Nadir Dendoune touche au plus près les gestes infimes, les mouvements du corps, les regards vifs de sa mère, sans jamais se départir de sa pudeur. Les images captent les souffrances de l’exil, les joies et difficultés de la vie d’hier et les étonnements sur celle d’aujourd’hui, entrelacés avec l’ordinaire du quotidien : tâches ménagères, recettes de cuisine, télévision et visites à son époux Mohand, accueilli dans une maison médicalisée. La douloureuse absence du père fait écho à l’omniprésence rassérénante de la mère. En lui donnant entièrement la place et la parole, Nadir Dendoune offre un portrait rare : celui des femmes au foyer de l’immigration maghrébine, longtemps restées invisibles et silencieuses. Une déclaration d’amour filial, mais surtout une histoire partagée. Intime et universelle.

Peggy Derder, texte extrait du catalogue Héritages maghrébins. Une histoire du cinéma français, Paris, Éditions de la Martinière/Palais de la Porte Dorée, 2026, p. 178.

Dupont Lajoie, d’Yves Boisset (1975)

Dupont Lajoie (1975) d’Yves Boisset dépeint le racisme quotidien de « Français moyens » : des vacances en camping dans le Midi virent à la tragédie lorsque le cafetier parisien Georges Lajoie (Jean Carmet) viole et tue la fille d’un de ses amis, puis déplace le corps près de baraques de chantier habitées par des ouvriers algériens pour les faire accuser, déclenchant une ratonnade meurtrière. Le film s’ancre autour de Toulon, ou les agressions anti-Maghrebins se multiplient dans un contexte de flambée raciste et de banalisation des arabicides. Son dispositif vise à « piéger les spectateurs en les faisant rigoler à des blagues racistes », afin de leur révéler les implications d’un tel acte. Partagée, la presse dénonce un propos caricatural ou félicite Boisset – avec des réserves. Certes ambivalent, Dupont Lajoie montre avec réalisme en quoi des violences situationnelles (des insultes proférées à l’encontre des travailleurs immigrés lors d’un bal) peuvent déboucher sur une expédition punitive, comme celle que subit l’acteur Abderrahmane Benkloua en marge du tournage. Des partisans du film ont critique le faible espace dévolu aux personnages algériens et l’assassinat final de Lajoie, dans son café, par le frère de l’homme massacré au cours de la ratonnade. L’épilogue rompt pourtant avec la posture victimaire assignée aux immigrés postcoloniaux dans le cinéma français des années 1970. Il donne surtout à ce geste de révolte le visage de Mohamed Zinet : même fugacement, l’image finale de l’acteur lui permet de dépasser son rôle d’« Arabe de service ».

Thomas Pillard, texte extrait du catalogue Héritages maghrébins. Une histoire du cinéma français, Paris, Éditions de la Martinière/Palais de la Porte Dorée, 2026, p. 37.

 


E

Élise ou la Vraie Vie de Michel Drach (1970)

Cette adaptation franco-algérienne du livre de Claire Etcherelli (1967) montre le racisme dont sont victimes les Algériens en France, dans les usines automobiles comme ailleurs. L’histoire se déroule en 1957, mais cette réalité est encore d’actualité en 1969, date du tournage ; c’est pourquoi Michel Drach, à la réalisation, et Claude Lanzmann, au scénario, tous deux juifs, souhaitent dénoncer la haine envers les immigrés et les violences policières durant la guerre d’Algérie, tout en valorisant l’émancipation féminine. Élise découvre en même temps le travail, l’amour et le racisme ; Arezki, dont elle tombe amoureuse, militant du FLN, se met à dos ses camarades algériens en la fréquentant. Sorti en 1970, le film est aussi l’occasion d’explorer la complexité des positions, à l’extrême gauche, sur la guerre et l’immigration. Drach est obligé de distribuer son film lui-même, avec succès : Élise ou la Vraie Vie touche près de 500 000 spectateurs durant l’hiver 1970-1971.

Sébastien Denis, texte extrait du catalogue Héritages maghrébins. Une histoire du cinéma français, Paris, Éditions de la Martinière/Palais de la Porte Dorée, 2026, p. 38.

 


F

Fidaï, de Damien Ounouri (2012)

Dans Fidaï, le Franco-Algérien Damien Ounouri filme son grand-oncle El Hadi, soixante-dix ans, qui, pendant la révolution algérienne, a intégré secrètement un groupe arme du FLN en France. La fin du film révèle qu’il a fallu trois ans pour mettre au jour cette histoire ; bien éloignée de la glorification du fidaï (« insurgé ») des maquis, elle dormait, ignorée de cet environnement familial uni. Mettant en dialogue petite et grande histoire, le film assume pleinement de filmer la famille et sa mémoire, sans rappel du contexte historique. Partant davantage des bribes d’une sorte de conscience collective, ressenti général de la colonisation, Ounouri vise la reconstitution précise de cette expérience individuelle, incitant par exemple son oncle à jouer et rejouer ses tentatives de meurtre politique. Le cinéaste y campe la victime : cette mise en danger sert le dépassement de la mémoire générale au profit de la transmission d’une mémoire en actes, qui lie l’intime au collectif, et les générations entre elles.

Marie Pierre-Bouthier, texte extrait du catalogue Héritages maghrébins. Une histoire du cinéma français, Paris, Éditions de la Martinière/Palais de la Porte Dorée, 2026, p. 177.

Frères ennemis, de David Oelhoffen (2018)

Frères ennemis est le type même du polar banlieusard moderne, loin des images d’Épinal du cinéma de la deuxième génération. Ici, c’est Driss (Reda Kateb), le petit-fils d’immigré, qui est le flic, et Manuel, l’Européen (Matthias Schoenaerts), qui est le voyou. Les deux amis ont grandi dans la même cité, mais ont pris des chemins opposés. L’action s’ouvre sur une arrestation de trafiquants de cocaïne. Driss se fait interpeller en arabe par l’un d’eux, qui lui reproche de travailler « pour les Français », et il répond qu’il ne comprend pas la langue : il se sent totalement intégré dans son rôle de représentant de la loi. À sa sortie de prison, Manuel est visé par une tentative d’assassinat où son ami Imrane meurt à sa place ; Driss lui propose un marché afin que chacun puisse mener à bien son enquête. Une décision existentielle achève sa quête : éliminer le chef des narcotrafiquants, qui représente l’image du père perverti.

Ahmed Bedjaoui, texte extrait du catalogue Héritages maghrébins. Une histoire du cinéma français, Paris, Éditions de la Martinière/Palais de la Porte Dorée, 2026, p. 197.

 


G

Général, nous voilà et Le Silence des champs de betterave d’Ali Essafi (1997 et 1998)

Autodidacte formé en France, Ali Essafi revient au Maroc avec Ouarzazate Movie (2001) et Le Blues des Chikhates (2004), puis avec des montages d’archives (Wanted, 2011 ; En quête de la septième porte, 2017 ; Avant le déclin du jour, 2020). Avant cela, il avait utilisé le recul de sa position d’immigré pour proposer deux investigations interrogeant les frottements entre la France et ses altérités, en particulier maghrébines. « Un jour, Hitler et de Gaulle se sont fâchés. […] “Je te préviens, j’ai avec moi une race d’hommes terribles qui n’ont d’heure ni pour dormir ni pour manger.” [De Gaulle] parlait de nous. » Enrôlés de force ou volontaires, des Marocains ont combattu pour l’armée française. Depuis 1960, leurs pensions sont gelées. Dans Général, nous voilà (1997), Essafi écoute le récit de leurs hauts faits et blessures en Italie et en Indochine, et de leur misère présente, alors que des centaines d’entre eux ont quitté leurs familles pour réclamer leurs droits à Bordeaux… Au bout d’un an, plusieurs repartent, sans reconnaissance. Le Silence des champs de betteraves (1998) débute avec le récit en off d’une agression raciste dans un village rural, à 90 kilomètres de Paris, puis va à la rencontre des anciens et des nouveaux habitants de ce village, sans chômage ni insécurité, mais ou le Front national arrive en tête… Ce long-métrage offre une exploration unique de la crise du monde rural français : la solitude des agriculteurs dans les immenses champs du remembrement, le silence de l’école et des rues vides sans commerces, et les fragiles tentatives d’animation.

Marie Pierre-Bouthier, texte extrait du catalogue Héritages maghrébins. Une histoire du cinéma français, Paris, Éditions de la Martinière/Palais de la Porte Dorée, 2026, p. 161.

 


H

Hexagone de Malik Chibane (1994)

D’emblée, Hexagone (1994), premier long-métrage de Malik Chibane, installe une forme réaliste, quasi chorale. À cinq jours de l’Aïd, cinq Goussainvillois – Ali, Staf, Slimane, Samy et Nacera –, enfants d’immigrés algériens et marocains, arpentent, à pied, en RER ou en voiture, un Hexagone au racisme omniprésent. À l’ANPE, au Pacific Club et jusque dans les relations amoureuses, Chibane met en scène leurs questionnements autour de la possibilité d’être des citoyens français à part entière, dans un pays habité par l’héritage de la colonisation et où le marché du travail ne semble leur promettre guère autre chose que la condition ouvrière parentale. À travers la trajectoire de Samy, grand-frère de Slimane, l’ombre de l’épidémie d’héroïnomanie parmi les enfants des diasporas maghrébines, passée sous silence par les pouvoirs publics, donne au film une tension dramatique, que l’humour des dialogues ne dissipe jamais tout à fait.

Léa Brunet, texte extrait du catalogue Héritages maghrébins. Une histoire du cinéma français, Paris, Éditions de la Martinière/Palais de la Porte Dorée, 2026, p. 117.

 


I

Ibrahim de Samir Guesmi (2020) 

La vie du jeune Ibrahim se partage entre son père, Ahmed, écailler à la brasserie du Royal Opéra, sérieux et réservé, et son ami du lycée technique, Achille, plus âgé que lui et spécialiste des mauvais coups. C'est précisément à cause de l'un d'eux que le rêve d'Ahmed de retrouver une dignité se brise lorsqu'il doit régler la note d'un vol commis par son fils et qui a mal tourné. Les rapports se tendent mais Ibrahim décide alors de prendre tous les risques pour réparer sa faute...

Lire l'article de Mouloud Mimoun, texte issu de la revue Hommes et Migrations, n°1333, 2021

Ici on noie les Algériens de Yasmina Adi (2011)

Quand Ici on noie les Algériens sort en 2011, l’État n’a toujours pas reconnu la répression meurtrière du 17 octobre 1961. Le documentaire de Yasmina Adi, dont le titre et l’affiche reprennent un graffiti réalisé sur un pont parisien, offre une suite contemporaine à Octobre à Paris de Jacques Panijel, tourné clandestinement dans la foulée des événements et censuré. Grâce à un long travail de recherche d’archives inédites et de témoignages, la réalisatrice met bout à bout des images, des souvenirs et le deuil impossible de femmes et d’hommes longtemps sans visage et sans voix : manifestants algériens désormais âgés, femmes n’ayant jamais revu leur mari, médecins, chauffeurs de bus et passants, témoins et victimes de ces heures de noirceur en plein Paris. Nommé aux César, le film a vocation à réveiller les consciences et à sortir de l’oubli cet épisode de l’histoire coloniale relégué aux marges du récit officiel.

Sarah Diffalah, texte extrait du catalogue Héritages maghrébins. Une histoire du cinéma français, Paris, Éditions de la Martinière/Palais de la Porte Dorée, 2026, p. 30.

Indigènes de Rachid Bouchareb

Rachid Bouchareb réinvestit l’histoire de la Seconde Guerre mondiale pour mettre en lumière le rôle des tirailleurs indigènes jusqu’ici tombés dans l’oubli.

Lire l'article d'André Videau, issu de la revue Hommes et Migrations, n°1263, septembre-octobre 2006, p. 143–145. 

 


L

L’Esquive d’Abdellatif Kechiche (2003)

Une cité HLM en banlieue parisienne. Un ange passe, déclamant passionnément les vers de la pièce Le Jeu de l’amour et du hasard. C’est Lydia, éprise de Marivaux, en pleine répétition du spectacle monté par sa classe, à l’occasion de la fête de l’école. Abdelkrim, dit “Krimo”, du haut de ses 15 ans, s'éprend pour sa copine de cours. Lui qui traîne son ennui dans les dédales de la cité, en compagnie de sa bande de potes, découvre soudain l’amour. Mais Krimo n’est pas du genre bavard et il a une réputation à tenir : comment déclarer sa flamme à la jeune fille sans perdre la face ? Une solution s’impose : soudoyer son ami Rachid, partenaire de scène de Lydia, pour lui reprendre le rôle d’Arlequin...

Lire l'article d'André Videau, issu de la revue Hommes et Migrations, n°1248, mars-avril 2004, p. 146–147

La Faute à Voltaire d'Abdellatif Kechiche (2000)

Dès son premier film, Abdellatif Kechiche esquisse un tableau inédit de l’immigré clandestin par la mise en lumière de sa culture et de son érudition (Jallel déclame des poèmes de Ronsard et d’Omar Ibn Abi Rabia). Enrobé d’une teinte raffinée, sensible, poétique et romantique, le récit s’éloigne de toute exégèse sociale jusqu’à la chute finale, qui nous ramène, de manière d’autant plus implacable, à la violente réalité de la politique migratoire française.

Emma Mrabet, texte extrait du catalogue Héritages maghrébins. Une histoire du cinéma français, Paris, Éditions de la Martinière/Palais de la Porte Dorée, 2026, p. 183.

Lire l'article d'André Videau, issu de la revue Hommes et Migrations, n°1231, mai-juin 2001, p. 121–122. 

La Graine et le Mulet d’Abdellatif Kechiche (2007)

La Graine et le Mulet marque un tournant dans l’histoire de la représentation de la population maghrébine. Loin de la veine revendicative, ce film affirme, par le lien qu’entretiennent les personnages avec la localité, la juste place des Maghrébins en France. Ainsi, le port ne suggère plus une envie de retour au pays, mais plutôt une idée d’ancrage durable dans la ville de Sète. C’est d’ailleurs fort judicieusement que le personnage de Slimane choisit de nommer « Source » son restaurant-péniche. « Source » est à observer ici dans sa double acception : celle du retour aux origines – à travers le choix du « couscous au poisson » – et celle d’un nouveau départ, du pont jeté vers l’avenir – puisque Slimane espère pouvoir léguer un héritage aux générations futures.

Emma Mrabet, texte extrait du catalogue Héritages maghrébins. Une histoire du cinéma français, Paris, Éditions de la Martinière/Palais de la Porte Dorée, 2026, p. 184

Lire l'article d'André Videau, issu de la revue Hommes et Migrations, n°1270, novembre-décembre 2007, p. 181–182. 

La Haine de Mathieu Kassovitz (1995)

Sorti en 1995, avec près de 2 millions de spectateurs, le film de Mathieu Kassovitz fait une entrée remarquée dans le paysage cinématographique français. Le film est écrit peu après la mort de Makomé M’Bowolé, tué par un policier à l’age de dix-sept ans, le 6 avril 1993. Il intègre notamment à son générique des images d’archives des révoltes qui ont suivi. Dès l’ouverture, par un coup de feu sonore, l’assassinat d’Abdel Ichaha par la police bouleverse la vie de trois de ses amis : Hubert, Vinz et Saïd. Rythmé par un compte à rebours de vingt-quatre heures, La Haine met en scène les errances ordinaires de la bande d’amis, dans la cité de La Noé, à Chanteloup-les-Vignes. Récompensé par le prix de la mise en scène au Festival de Cannes, le film provoque de vives réactions de la police et de ses syndicats. Il suscite aussi la controverse en raison de la position d’extériorité de Mathieu Kassovitz et du traitement différencié des personnages. En effet, Carrie Tarr souligne la centralité accordée à Vinz, davantage caractérisé et visuellement privilégié par rapport à Saïd et Hubert (2005). À la fois œuvre majeure du cinéma français des années 1990 et film-écran pour ceux qui le précèdent et lui succèdent, La Haine demeure incontournable dans l’histoire des représentations des banlieues.

Léa Brunet, texte extrait du catalogue Héritages maghrébins. Une histoire du cinéma français, Paris, Éditions de la Martinière/Palais de la Porte Dorée, 2026, p. 124.

La Mer au loin de Saïd Hamich Benlarbi (2024) 

Lire l'article de Salim Chena, issu de la revue Mondes & Migrations, n°1350, 2025. 

Le Ciel, les oiseaux et… ta mère ! de Djamel Bensalah (1999)

Lire l'article d'André Videau, issu de la revue Hommes & Migrations, n°1219, mai-juin 1999, p. 106–107.

Les Miens de Roschdy Zem (2022)

Lire l'article de Mouloud Mimoun, issu de la revue Hommes & Migrations, n°1339, 2022. 

Les Sauvages de Rebecca Zlotowski et Sabri Louatah (2019)

Fouad (Dali Benssalah) voit son monde basculer un jour d’élection : son cousin blesse grièvement Idder Chaouch (Roschdy Zem), le nouveau président de la République et le père de sa fiancée. Ce thriller politique nous entraîne dans les rouages d’une enquête intime. Le protagoniste cherche à comprendre les racines de cette violence. Adapté en collaboration avec Sabri Louatah d’après son roman Les Sauvages (2012), cette mini-série résonne avec une force particulière dans le contexte actuel. Qui désigne-t-on comme « sauvages » ? Entre les arcanes du pouvoir et des citoyens en situation de précarité, Rebecca Zlotowski développe une cinématographie du seuil. L’opéra-ballet de Rameau y fonctionne comme strate mémorielle active : l’histoire coloniale est une architecture sonore et symbolique à déconstruire. Réunissant une distribution majoritairement maghrébine, Les Sauvages opèrent un renversement décisif : les héritiers de l’immigration sont sujets à part entière et producteurs de récits complexes.

Anaïs Vincent, texte extrait du catalogue Héritages maghrébins. Une histoire du cinéma français, Paris, Éditions de la Martinière/Palais de la Porte Dorée, 2026, p. 190

Leur Algérie de Lina Soualem (2020)

Après soixante ans de vie commune à Thiers, en Auvergne, deux vieux immigrés algériens se séparent. C’est le point de depart de ce documentaire familial, dans lequel Lina Soualem donne la parole à ses grands-parents : Mabrouk, l’ancien ouvrier malingre et taiseux, et Aicha, l’ancienne femme au foyer, joyeuse et solide ; mais aussi à son père Zinedine Soualem, comédien français reconnu. Les interrogeant d’abord sur leur rapport à l’Algérie, qu’ils ont quittée dans les années 1950 et dont Zinedine ne parle jamais, la réalisatrice explore davantage la vie qu’ils ont essayé de construire ici en France, tant bien que mal, et ce qu’ils ont réussi à transmettre à leurs enfants de l’histoire doublement douloureuse de l’immigration et de la France ouvrière. À partir de fragments de rares archives familiales qu’elle fait dialoguer avec les mots et les silences de ses grands-parents, Lina Soualem réhabilite le récit intime de millions d’invisibles, immigrés et ouvriers broyés par le travail, si longtemps gommes des livres d’histoire et des écrans du cinéma français.

Salima Tenfiche, texte extrait du catalogue Héritages maghrébins. Une histoire du cinéma français, Paris, Éditions de la Martinière/Palais de la Porte Dorée, 226, p. 176

 


N

Né quelque part de Mohamed Hamidi (2013)

Président et cofondateur du Bondy Blog, militant associatif, Mohamed Hamidi réalise son premier film, Né quelque part, présenté en séance spéciale au Festival de Cannes 2013. Sorte de récit autobiographique annoncé par les premiers mots du film, “on n’est jamais trop curieux quand il s’agit de sa propre histoire”, le film oscille entre comédie douce-amère et observation sociologique autour des questions identitaires d’un fils d’immigré obligé de revenir au pays. 

Lire l'article de Simon Pellegry, issu de la revue Hommes & Migrations, n°1303, 2013. 

 


O

Omar m'a tuer de Roschdy Zem (2011)

Dans la cave de sa luxueuse villa de Mougins (Alpes -Maritimes), on découvre le cadavre de Ghislaine Marchal, une veuve sans histoire. L’enquête n’a pas le temps de piétiner puisqu’une dénonciation gribouillée, en lettres de sang, proclame : “Omar m’a tuer.” Invraisemblable de la part d’une sexagénaire cultivée et férue de littérature1, la faute d’orthographe pouvait être mise au compte de l’émotion ou des troubles de l’agonie. On tient d’autant mieux le coupable qu’Omar le jardinier marocain n’a pas d’alibi décisif et que les Nord-Africains n’ont pas, globalement, bonne presse sur la Côte d’Azur. 

Lire l'article d'André Videau, issu de la revue Hommes & Migrations, n°1292, 2011. 

 


P

Prends 10 000 balles et casse-toi de Mahmoud Zemmouri (1982)

Dans ce premier long-métrage sorti en 1982, Mahmoud Zemmouri revient sur la mise en place en 1977 d’une prime de 10 000 francs accordée au retour volontaire des immigrés dans leur pays d’origine, dispositif appelé « million Stoleru ». Un couple d’immigrés algériens décide de profiter de ce maigre pécule pour rentrer au pays. Ils débarquent à Alger dans une 404 rutilante, sans se rendre compte que leurs deux enfants, Fifi et Mus Travolta, nés en France, sont totalement ignorants de l’Algérie. Leur arrivée à Boufarik, ville natale de Zemmouri, va susciter une suite de mésaventures et de désordres rocambolesques. En réalité, le film a été tourné près d’un an après l’abrogation du dispositif d’aide au retour. Cet entre-deux a permis au cinéaste de souligner le choc des cultures auquel une génération fut confrontée avec la Marche pour l’égalité et contre le racisme organisée l’annee suivante. Grâce à l’humour caustique si caractéristique de son cinéma, n’épargnant ni le pays d’accueil ni celui des origines, Mahmoud Zemmouri décrit les fossés qui se sont creusés entre la génération des premiers immigrés et celle de leurs enfants.

Ahmed Bedjaoui, texte extrait du catalogue Héritages maghrébins. Une histoire du cinéma français, Paris, Éditions de la Martinière/Palais de la Porte Dorée, 2026, p. 142

 


R

Rengaine de Rachid Djaïdani (2012)

Réécriture de Roméo et Juliette, Rengaine (2012) en déplace l’intrigue dans les communautés issues de l’immigration du nord de Paris. Dorcy, Noir chrétien, aime Sabrina, Maghrébine musulmane. Ses quarante frères – le film est un conte trivialisé – désapprouvent cette union, et leur aîné Slimane pourchasse le couple. Méditation autobiographique sur le métissage, Rengaine est le fruit d’un tournage de neuf ans réalisé par un demi-outsider. Rachid Djaidani, déjà écrivain, documentariste – et boxeur –, était étranger aux productions bien financées. Il tourné un film de contrebandier, en caméra portée, entièrement improvise dans les rues de la capitale par des gens de son entourage ; le cinéaste revendique l’héritage de John Cassavetes. En cela, il appartient à une nouvelle génération d’indépendants issue des marges, souvent identifiée aux principes d’un « cinéma-guérilla » défendus par le réalisateur de Donoma (2011), Djinn Carrenard.    

Gabriel Bortzmeyer, texte extrait du catalogue Héritages maghrébins. Une histoire du cinéma français, Paris, Éditions de la Martinière/Palais de la Porte Dorée, 2026, p. 189

 


S

Si Moh Pas-de-chance de Moumen Smihi, (1970)

Né à Tanger, Moumen Smihi arrive à Paris en 1965. Si Moh, Pas-de-chance, son premier film après ses études à l’IDHEC, est tourné en banlieue en 1970. Un ouvrier maghrébin, récemment arrive, cherche du travail. Le scénario traite du racisme et de la réalité post-coloniale occidentale, tout en évoquant la solidarité entre les pays arabes des années 1960. Les images prises par Colin Mounier semblent exprimer à la fois un point de vue documentaire sur Paris et un discours nouveau, qui rend la ville étrange. Avec ses travellings, ses gros plans, et même des images fixes de son protagoniste, le film propose un montage à la manière d’Eisenstein ou de Vertov. Signalons enfin le rôle exceptionnel de la bande sonore : Gérard Delassus compose une sorte de musique concrète, en favorisant, à l’enregistrement, le bruit au lieu de la voix. Avec ce court-métrage, Smihi a posé les premiers jalons d’une longue carrière d’une douzaine de films et de nombreux écrits sur le cinéma en français et en arabe.    

Peter Limbrick, texte extrait du catalogue Héritages maghrébins. Une histoire du cinéma français, Paris, Éditions de la Martinière/Palais de la Porte Dorée, 2026, p. 55

Sœurs de Yamina Benguigui (2020) 

Lire l'article de Mouloud Mimoun, issu de la revue Hommes et Migrations, n°1333, 2021

 


U

Un si beau voyage de Khaled Ghorbal (2008)

Lire l'article d'André Videau, issu de la revue Hommes et Migrations, n°1279, 2009., p. 198

 


W

Wesh Wesh, qu’est-ce qui se passe ? de Rabah Ameur-Zaïmèche (2001)

Lire l'article d'André Videau, issu de la revue Hommes et Migrations, n°1238, juillet-août 2002, p. 128–129.

 


Y

Youssef Salem a du succès de Baya Kasmi (2022)

Lire l'article de Mouloud Mimoun, issu de la revue Hommes et Migrations, n°1340, 2023.