Photographie
Série « Périphérie »
Mohamed Bourouissa, La République, série Périphéries, 2006, tirage lambda contrecollé sur aluminium, Collection du Musée national de l'histoire de l'immigration, 2010.3.1.
© EPPPD-MNHI, © Mohamed Bourouissa. Courtesy de l'artiste, © Adagp, Paris, 2021
Les premières images de Mohamed Bourouissa s’attachent à la banlieue où il a vécu, investissant des sujets généralement abordés par la photographie de reportage. Mais ce qui l'en distingue est qu'il place la banlieue dans le champ de l'art et la traite comme un objet plastique, conceptuel
.
Comme je viens d'une cité, c'est une manière de penser que je connais, mais mon travail porte davantage sur le pouvoir et les rapports de force. [...] Je suis un passionné de la profondeur de champs. [...] Je ne suis pas un militant, ce que je cherche, c'est l'art.
Informations
Tirage contrecollé sur aluminium
Dans la série Périphéries, Mohamed Bourouissa fixe des instants de vie dans les quartiers de La Courneuve, de Pantin, de Clichy-sous-Bois, d'Argenteuil, du Mirail à Toulouse, tout en traitant des stéréotypes liés à la banlieue. Nourri par les maîtres de la peinture, tels Géricault, Delacroix, Caravage ou Piero della Francesca, et ceux de la photographie, comme Jeff Wall, il bouscule les codes, joue avec les styles, distord les liens entre fiction et réalité et élabore des images qui, tout en s'apparentant au documentaire, investissent la sphère artistique.
Faux instantanés
, vraies fictions
, ces clichés qui semblent avoir été pris sur le vif sont, en réalité, l'aboutissement de mises en scène s'appuyant sur des notes et des croquis dessinés au préalable. Mais dans cette construction extrêmement précise où tout est parfaitement réfléchi (repérages, casting, éclairage), l'artiste donne sa chance au hasard, espère l'inattendu. L'apparition imprévue d'un phénix géant tatoué sur le dos de l'un des boxeurs lors de la composition de La Fenêtre autorise ainsi la fiction à garder un aspect documentaire
.
L'artiste capte cet instant précis de tension, juste avant que la situation ne bascule. Ses photographies nous installent au bord de la faille : entre sourde violence, trouble et beauté plastique.
Isabelle Renard, directrice de la conservation et des expositions, Musée national de l’histoire de l’immigration.
Texte issu du portfolio d'œuvres « Artistes maghrébins en création », revue Mondes & Migrations, « Héritages maghrébins », n°1355 octobre-décembre 2026.
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