Frédéric Hermel, Zidane
Paris, Flammarion, 2019, 288 pages, 19,90 euros
Paris, Flammarion, 2019, 288 pages, 19,90 euros
Marseille, Hors d’atteinte, 2020, 190 pages, 16 euros
La Tour-d’Aigues, éd. de L’Aube, 2019, 248 pages, 20 euros Samira El Ayachi, lensoise de naissance, lilloise d’adoption, publie ici son troisième roman. Elle y met en scène une narratrice anonyme, une mère dite « célibataire », abandonnée par son ex, dès la naissance de « Petit Chose ». Le géniteur de mari s’est esbigné fissa, parti courir d’autres jupons. Madame reste, ne quitte pas le navire. À elle d’assumer les multiples tâches, fonctions et identités : femme, seule, abandonnée, sans le sou ou presque, thésarde, actrice et metteuse en scène de théâtre. Ce dernier point, par les temps qui courent, lui vaut les sarcasmes de la conseillère du bureau d’aide sociale : « il faut être pragmatique », accepter n’importe quel petit boulot sous-payé faute de quoi la sanction tombe : « En fait vous ne voulez pas vous en sortir. » Et maintenant, voici notre héroïne embarquée dans l’aventure « maternité » ! Cela fait beaucoup pour une seule vie, cela fait beaucoup pour une femme. Occupée. Bien trop occupée. Débordée même. Il faut faire face. Pas le choix. Rester debout. Assumer : répétitions, mise en scène, équipe, budget et administration, com’, mais aussi les courses, une déclaration de perte de papiers, les cours à la fac, les ateliers théâtre, la garderie à trouver, la thèse à rendre, etc. « Ça c’est pour le jour. Quand la nuit s’amène, c’est le trou. Apocalypse baby . » Samira El Ayachi décrit, par le menu, les différents stades de cette nouvelle vie, apprendre à se débrouiller, seule, essuyer le regard des autres, douter de ses capacités, « constamment », jusqu’à se rendre compte « à quel point ton intelligence est infectée par des idées toutes faites ». Tout y passe jusqu’aux différentes étapes de son état mental depuis « l’impression d’être orpheline (comme “Petit chose ”) », de se sentir « seule, sale, finie », « quand le monde continue de tourner, ses copines continuent de vivre, de fumer, de boire, de jouir de la vie », jusqu’à s’efforcer que « personne ne remarque. Le changement. […] La nouvelle configuration » histoire d’éviter « le regard d’apitoiement », en passant par la « culpabilité ancestrale – cette idiote » qui la fait devenir « complètement chèvre ». En ce moment, les hommes chez certaines auteures passent un sale quart d’heure. Ceux qui, en particulier, n’assument même pas leurs responsabilités de père. Il y a peu, Faïza Guène avait donné un roman particulièrement vif sur le sujet. Samira El Ayachi ressert le couvert. Une littérature féministe, une littérature de salut public qui dénonce les doxas, les images et les normes ingérées ad libitum , les contradictions de la société qui enserrent l’être et le corps des femmes dans des comportements, des attitudes, des devoirs, des activités, etc. Malgré la discourite ambiante, la société refourgue à madame la responsabilité d’assumer les rejetons : difficile, voire impossible, de contester la figure séculaire de la maternité. Ce n’est pas pour rien que 85 % des familles dites « monoparentales » sont composées de mère. La justice ? « La justice est un homme. » La société itou : « Tu es à la merci des horloges des hommes. Le temps des dehors fonctionne à la testostérone. D’ailleurs, ton corps a pris les devants. Court-circuité le cours des choses. Étonnante adaptabilité darwinienne. Une fois descendue dans la jungle, la mère célibataire devient une animale comme les hommes. Tu n’as même plus tes règles . » L’héroïne est donc anonyme. Cela garantit de ne pas l’isoler, de ne pas plaquer sur elle des a priori et des clichés. Puisque tu ignores qui je suis, semble dire l’auteure à son lecteur, tu t’intéresseras à la femme, l’individu dépouillé de toute appartenance. Samira El Ayachi emporte son lecteur du début à la fin. La phrase est courte, vive, nerveuse, saccadée à l’image du quotidien de cette anonyme « occupée ». Le ton n’est jamais larmoyant. Plutôt distant. Pugnace. Il vaut mieux si l’on veut changer les choses. À tout le moins quelques mentalités.
Entretien avec Stéphane Lhomme, artiste Hommes & Migrations : Stéphane Lhomme, pouvez-vous présenter votre travail ? Stéphane Lhomme : Dessinateur, intervenant en cinéma et animateur en arts plastiques, je réside en Nouvelle-Aquitaine. J’ai l’opportunité de travailler régulièrement pour plusieurs associations et organismes tels que le Secours populaire français, la Ligue de l’enseignement, Amnesty International… Quand j’élabore des protocoles, que ce soit dans la création personnelle ou dans la transmission plurielle, je m’évertue à ne pas appliquer un savoir-faire mais plutôt un savoir-perdre. Je m’explique. Perdre, c’est s’exiler de sa zone de confort. Perdre, c’est lutter contre sa propre nature. Mais perdre, si c’est perdre ses repères, c’est surtout conquérir une certaine indépendance d’esprit, recueillir de la parole, collecter des témoignages écrits, et mesurer le potentiel des différents publics avec lesquels je suis amené à collaborer. D’où l’apport de l’altérité qui est fondamentale dans mon processus de création
Artiste et musicien, Simon Guy a participé, avec l’Agence des musiques des Territoires d’Auvergne (Amta), à la réalisation d’un atlas sonore d’un quartier de Clermont-Ferrand, élaboré dans le cadre d’un projet plus large de la ville intitulé « Migration », traitant de ces nombreuses migrations qui ont constitué la capitale auvergnate.
Entretien avec Sylvaine Cohen et Rachel Guez. Entretien avec Sylvaine Cohen, chargée de mission mémoire et lien social, et Rachel Guez, directrice du pôle Sesam (Services pour une solidarité augmentée) de la Fondation Casip-Cojasor sur le programme De bouche à oreille, réalisé par Laure Politis, directrice du Cepro (Centre d’études et de perspective). Le programme De bouche à oreille, dédié à la transmission de la Shoah, est mené chaque année par la Fondation Casip-Cojasor[1] en partenariat avec des établissements scolaires (collèges et lycées). Sylvaine Cohen et Rachel Guez reviennent sur ces rencontres entre des aînés et des jeunes qui permettent une véritable appropriation de l’histoire.
À l’occasion de la parution d’un recueil de poèmes en langue amazigh (transcrits en caractères latins) et traduits en français sous le titre Je vais rejoindre le paradis qu’on nous a dit. Poésie marocaine amazigh sur la migration , l’association Migrations & Développement (M&D) revient sur les thèmes abordés par ce corpus exceptionnel issu de la collecte de plus de cent œuvres sur la migration marocaine, qui constitue un témoignage unique sur des expériences migratoires.
Ainsi il suffirait d’apprendre l’arabe pour enrayer le communautarisme. Le repli sur soi. Voire, selon le mot recyclé par Emmanuel Macron, éviter le « séparatisme ». C’est du moins ce que le ci-devant ministre de la Culture, puis ministre de l’Éducation nationale de l’ère mitterrandienne et actuel président de l’Institut du monde arabe professe. Jack Lang milite, dans un livre récent, pour un enseignement de la langue arabe à l’école « afin d’affaiblir les séparatismes » rapporte Le Point du 13 février 2020. À cet effet, une précaution s’impose : il sera préférable de baragouiner la langue d’Abou Nuwas ou de Abd al Raziq plutôt que celle d’Ibn Hanbal et autres ; plutôt l’arabe de Kateb Yacine, de Driss Chraïbi, de Mohamed Choukri ou d’Assia Djebar que celui, desséché et prescriptif (pour le moins), d’un Tariq Ramadan, d’un Hassan Iquioussen, d’une Siham Andalouci ou d’une Houria Bouteldja.