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3Trois questions à Patrick Simon

Patrick Simon est socio-démographe à l'Ined (Institut national d'études démographiques) et conseiller scientifique de l'exposition. Il nous éclaire sur les discriminations systémiques à l'œuvre dans nos sociétés, et particulièrement en France. 

Il existe de nombreuses études sur le sujet du racisme et des discriminations. Comment servent-elles à faire évoluer la situation ?

Portrait de Patrick Simon, socio-démographe à l'INED

Patrick Simon : Les études reposent sur des statistiques, des observations, des entretiens et des enquêtes expérimentales du type des testings, qui comparent les résultats obtenus par deux candidats au profil identique sauf par leurs origines. Quand un même CV est envoyé et que le candidat d’origine maghrébine ou subsaharienne n’est pas reçu, contrairement au candidat de référence « français », la discrimination est révélée, même si elle est niée par le recruteur.

C’est la complémentarité des sources qui révèle les discriminations systémiques et la subtilité de mécanismes peu visibles, notamment dans l’accès au logement ou à l’emploi. Ces études visent à inspirer les politiques publiques, mais celles-ci restent extrêmement lacunaires pour lutter contre les discriminations ethno-raciales ou religieuses. On constate dès lors un scepticisme des personnes concernées à obtenir réparation. En effet, les recours pour discriminations liées aux origines, et plus encore les condamnations, sont bien moins nombreuses que celles liées au sexe ou au handicap. Cela devrait être un sujet d’importance pour les pouvoirs publics : les politiques de lutte contre les discriminations ne sont pas perçues comme efficaces ou crédibles pour protéger les personnes exposées au racisme systémique. 

Une partie de l’exposition reprend les résultats de l’enquête UNDETERRED portant sur cinq villes européennes et une ville canadienne. En termes de racisme et de discriminations, quelles sont les spécificités françaises ?

P.S. : Par rapport à la plupart des autres pays européens, la France connaît une immigration européenne assez ancienne, depuis les années 1850, et une immigration non européenne depuis les années 1950. La place des secondes générations de l’immigration post-coloniale y est plus importante qu’en Espagne ou en Italie par exemple. Or les discriminations ethno-raciales touchent principalement les immigrés et les descendants d’origine maghrébine, subsahariennne ou asiatique. Les personnes d’origine d’Afrique subsaharienne rapportent un racisme lié à la couleur de leur peau et leurs origines, celles du Maghreb par rapport à leur religion et à leurs origines. Les personnes d’origine asiatique parlent moins de discriminations pour accéder à l’emploi que de racisme dans la vie quotidienne. Enfin, des études comparatives montrent que le niveau des discriminations subies par les descendants d’immigrés d’Afrique subsaharienne sont plus fortes en France que dans des pays comme l’Allemagne, les Pays-Bas ou même les États-Unis. C’est un constat qui interroge. 

Est-ce à dire que ce racisme et ces discriminations se perpétuent de génération en génération ?

P.S. : Les descendants d’immigrés déclarent même plus de discriminations que les immigrés eux-mêmes ! Certes, ils se sentent plus légitimes à faire valoir leurs droits que la première génération, qui considère souvent les inégalités comme inhérentes à leur position de migrants. Mais la persistance de ces discriminations est une réalité. Pour les immigrés d’origine européenne, la plupart des obstacles disparaissent pour les immigrés installés de longue date, et plus encore à la deuxième génération. Ce n’est pas le cas pour ceux d’origine maghrébine et subsaharienne, y compris très diplômés. C’est le « paradoxe de l’intégration » : leur intégration culturelle et mobilité sociale devraient les protéger, or ce n’est pas le cas.