Parcours

3Des droits empêchés

Racisme et discriminations dans les institutions

Avoir des droits inscrits dans la loi ne signifie pas toujours pouvoir les exercer dans la réalité. Pour certaines personnes, l’accès aux droits est freiné par des situations discriminatoires qui peuvent se répéter : orientations scolaires inégalitaires, refus de logement, difficultés d’accès aux soins, discriminations à l’embauche, contrôles d’identité au faciès. Ces obstacles ne relèvent pas de cas isolés. Ils s’inscrivent dans des mécanismes durables.

Jane Evelyn Atwood La boxe féminine, 2000 FNAC 2000-210 Collection du Centre national des arts plastiques.

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Jane Evelyn Atwood, La boxe féminine, 2000 FNAC 2000-210. Collection du Centre national des arts plastiques

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© SAIF / Cnap

Tonika LEWIS JOHNSON, « Enzo, Osain, Kopeto at Chatelet Metro Station » série Paris, Belonging, 2023, tirage photographique, Centre national des arts plastiques

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Tonika LEWIS JOHNSON, « Enzo, Osain, Kopeto at Chatelet Metro Station » série Paris, Belonging, 2023, tirage photographique, Centre national des arts plastiques

Le projet européen UNDETERRED analyse ces formes contemporaines de discriminations. Ses résultats montrent qu’elles ne dépendent pas seulement des comportements individuels, mais aussi du fonctionnement des institutions, de la conception des politiques publiques et des pratiques professionnelles.

Cette section présente une partie des résultats de cette étude et les met en dialogue avec les œuvres exposées. Là où la recherche scientifique éclaire les mécanismes et les conséquences des biais discriminatoires, les œuvres donnent accès à des expériences vécues et à des points de vue rarement entendus dans l’espace public.

Ensemble, la recherche et l’art permettent de mieux comprendre ce que signifie vivre dans une société où les droits existent mais ne s’exercent pas de la même manière pour toutes et tous.

L’école : entre promesse et ségrégation

Historiquement pensée comme un lieu d’émancipation, l’école n’échappe pas aux inégalités. Ces dernières se manifestent par des phénomènes visibles, comme le harcèlement discriminatoire, mais aussi par des formes plus discrètes, telles que la « ségrégation scolaire » : certains établissements regroupent davantage d’élèves issus de milieux populaires où les jeunes perçus comme étrangers sont plus nombreux.

Selon l’OCDE, 40 % des élèves des établissements publics sont défavorisés, contre 17 % dans le privé. Par ailleurs, des difficultés liées aux conditions de vie peuvent être interprétées comme des limites scolaires, orientant les élèves vers des filières inadaptées à leurs besoins ou à leur potentiel. Ainsi, 65 % des élèves en CAP viennent de milieux populaires, contre 29 % dans les filières générales et technologiques.

Ces dynamiques se cumulent avec des écarts territoriaux, notamment entre la France hexagonale et l’outre-mer. À Mayotte par exemple, les enfants de parents étrangers rencontrent des obstacles à la scolarisation : en 2020, l’île comptait 15 462 mineurs non scolarisés.

20%

Des enfants d’immigrés du Maghreb ou d’Afrique subsaharienne ont vécu des discriminations au cours de leur scolarité en France. 
Source : Trajectoires et origines 2, enquête sur la diversité des populations en France, Institut national d'études démographiques, Ined

Sarcelles, Farah

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Valérie Mréjen, Quatrième Sarcelles, 2022, vidéo HD, 14 min, Collection du Musée national de l'Histoire de l'immigration. 2024.8.2

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© Adagp, Paris, 2026

Zoom sur Quatrième Sarcelles de Valérie Mréjen 

Lire l'interview de l'artiste

Habiter les inégalités

Des caravanes, des camps, des hôtels meublés. Les œuvres réunies ici montrent des lieux de vie précaires, ceux de familles reléguées aux marges des villes. Derrière ces images, on devine des existences invisibilisées, des droits ignorés, des politiques qui enferment et excluent.

Le logement est un espace où les discriminations s’exercent de manière concrète mais souvent dissimulée. Selon SOS Racisme, 50 % des agences immobilières acceptent les demandes discriminatoires de propriétaires (donnée 2026). Les refus de location comme les phénomènes de ségrégation urbaine dessinent une géographie inégale des villes.

Habiter quelque part, ce n’est pas seulement avoir un logement : c’est aussi pouvoir prendre part à la vie collective. Or, cette possibilité n’est pas garantie pour tous. Certains sont privés d’un « droit à la ville », c’est-à-dire de la possibilité de se loger à un coût abordable, de bénéficier de services publics et de transports adaptés, mais aussi d’accéder aux espaces de décision qui permettent de participer à l’aménagement de leur territoire.

Dans nos collections : « Hôtels meublés » du photographe Guillaume Collanges
Guillaume Collanges, "Hôtels meublés - Si tu ne paies pas, tu t’en vas", entre 2000 et 2001, tirages gélatino-argentiques couleur, 41 cm x 62 cm, Collection du Musée national de l'histoire de l'immigration. 2007.59.11

Corps visibles, blessures invisibles

Le racisme marque les corps et les esprits. Dès les années 1950, Frantz Fanon, psychiatre et figure de l’anticolonialisme, analysait les traumatismes produits par la domination coloniale. Aujourd’hui, la chercheuse française Maboula Soumahoro parle de « charge raciale » pour désigner cette usure psychique liée à l’expérience répétée du racisme : fatigue, stress, sentiment de n’être jamais pleinement reconnu. 

Cette difficulté à être entendu se retrouve aussi dans le soin médical. Des stéréotypes persistent, comme la supposée meilleure résistance à la douleur des personnes noires. Ces préjugés ont un impact sur la prise en charge des patients concernés et le type de traitements prescrits

50 %

C’est l’écart de probabilité en faveur d’un homme blanc, par rapport à une femme noire, d’être considéré comme une urgence vitale lors d’une consultation aux urgences pour une douleur thoracique. 

Source : Fabien Coisy, Guillaume Olivier, François-Xavier Ageron et. al., « Do emergency medicine health care workers rate triage level of chest pain differently based upon appearance in simulated patients ? », European Journal of Emergen

Sous surveillance

Un fragment du triptyque 17.10.61 des sœurs Chevalme consacré au massacre du 17 octobre 1961 évoque la répression meurtrière, par la police française, d’une manifestation pacifique organisée à Paris. Une contre-enquête menée par Le Monde et Forensic Architecture reconstitue les circonstances de la mort d’Adama Traoré, devenue un symbole contemporain de la lutte contre les violences policières. Ces deux cas rendent visibles des violences qui peinent encore à être pleinement reconnues comme telles.

En savoir plus sur l'œuvre des sœurs Chevalme

Extrait du triptyque des sœurs Chevalme intitulé 17.10.61

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Les sœurs Chevalme, « 17.10.61, Service spécial », 2021. Collection départementale d’art contemporain de la Seine-Saint-Denis

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© Adagp, Paris, 2026. Photo © Didier Robcis

Si la police incarne l’autorité de l’État, cette présence n’a pas les mêmes effets pour tous. Selon une enquête du Défenseur des droits publiée en 2025, les jeunes hommes perçus comme noirs ou arabes ont quatre fois plus de risques d’être contrôlés

Face à ces violences, des mobilisations collectives ont émergé – Black Lives Matter ou encore Roma Lives Matter. Elles rappellent que ces pratiques relèvent non pas de cas isolés, mais d’un problème structurel qui s’observe dans de nombreux pays.

En savoir plus sur le 17 octobre 1961

Terrains de jeu / terrain de luttes

Photographie d'une salle de boxe avec deux femmes

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La boxe féminine, série, 2000. Collection du Centre national des arts plastiques.

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© Jane Evelyn Atwood

Le contraste entre le noir et le blanc traverse les œuvres présentées ici comme un principe de mise en tension. Il ne relève pas d’un simple effet visuel : il perturbe nos habitudes de lecture et révèle des normes souvent invisibles.

Dans le sport, les corps et les athlètes racisés sont très présents dans certaines disciplines et pratiquement absents d’autres. Ces répartitions ne sont pas spontanées : elles reposent sur des stéréotypes liés au corps, au genre ou à l’origine. Certains athlètes sont valorisés pour leur force ou leur endurance, quand d’autres sont associés à la grâce, à la maîtrise ou au prestige.

Les œuvres mettent ainsi en lumière une tension centrale. Le sport apparaît à la fois comme un espace de reproduction des inégalités et comme un lieu où elles peuvent être contestées. Entre assignation et émancipation, entre exclusion et résistance collective, il révèle les hiérarchies qui structurent nos imaginaires du corps et de la performance, tout en ouvrant la possibilité de les déplacer.

Avoir la « gueule de l’emploi » ?

Avant même d’avoir parlé, certaines personnes paraissent immédiatement « à leur place », tandis que d’autres doivent sans cesse faire leurs preuves. En France, porter un nom perçu comme arabe réduit fortement les chances d’être contacté par un recruteur.

Zoom sur une œuvre des collections : Assedic-ANPE de Chéri Samba
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Des jeunes perçus comme non blancs ont été confrontés à des propos stigmatisants et à des exigences discriminatoires de la part du recruteur lors d’un entretien pour un poste ou une promotion.

Source : Défenseur des droits et OIT, 14e Baromètre sur la perception des discriminations dans l’emploi, 2021

Dans un contexte de fortes tensions sur le marché du travail, les jeunes connaissent des parcours d’insertion fragmentés, alternant stages, CDD et périodes de chômage. Cette situation favorise les discriminations à l’embauche et en début de carrière (faible rémunération, absence de promotion). Cependant, les discriminations ne concernent pas seulement l’accès à l’emploi : elles touchent aussi à la reconnaissance des compétences et des parcours.

Malgré leurs qualifications, beaucoup acceptent des emplois sous-qualifiés, ou se tournent vers l’autoentrepreneuriat pour contourner ces obstacles. L’anticipation des discriminations entraîne aussi de l’autocensure : 53 % des jeunes perçus comme non blancs déclarent ne pas avoir postulé à des offres correspondant pourtant à leurs compétences.

Chéri Samba, Assédic-ANPE, 1982, acrylique sur toile, 91,7 cm x 72,4 cm. Collection du Musée national de l'Histoire de l'immigration

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Chéri Samba, Assedic-ANPE, 1982, acrylique sur toile, 91,7 cm x 72,4 cm. Collection du Musée national de l'histoire de l'immigration. 2006.2.1

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© Chéri Samba, courtesy de la galerie Magnin-A

Libre de croire et de pratiquer ?

Croire ou ne pas croire fait partie de la vie ordinaire. Pour beaucoup, la religion s’inscrit dans des gestes simples, des relations, des habitudes, des pratiques, des formes de soin. Elle peut être vécue de manière intime, mais aussi collective, comme une façon d’habiter le monde et de se relier aux autres.

Dans un contexte de hausse des actes antisémites et antimusulmans, certaines expressions religieuses deviennent des sujets de tensions dans l’espace public. Vêtements, pratiques alimentaires ou lieux de culte peuvent être soumis à la suspicion, au contrôle, voire à l’interdiction ou à la sanction.

2500

C'est le nombre d'actes enregistrés en France en 2025 visant des personnes ou lieux de culte en raison de leur religion.
Source : ministère de l’Intérieur, 2026

La laïcité, qui est un principe de liberté et d’égalité, est parfois détournée pour réguler les corps et les pratiques, jusqu’à rendre certaines expressions religieuses illégitimes.

Les œuvres de Patrick Zachmann et de Didier Ben Loulou présentées dans cette section proposent un autre regard : non pas l’effacement du religieux, mais la coexistence et le respect dans un espace commun.

Dans nos collections : « Lieux de prière » du photographe Patrick Zachmann
Mosquée d'Evry-Courcouronnes, 2003. Collection du musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration, CNHI © Patrick Zachmann, Magnum Photos