Parcours

2Rien de nouveau sous le soleil ?

Les dégradations de l’environnement ont toujours été un facteur majeur de migration dans le monde. La vulnérabilité des populations face aux aléas naturels n’est pas un phénomène nouveau.

Brueghel de Velours (dit), Brueghel Jan I (1568-1625) © GrandPalaisRmn-Thierry Ollivier

Brueghel de Velours (dit), Brueghel Jan I (1568-1625)

© GrandPalaisRmn-Thierry Ollivier

Cette première partie de l’exposition inscrit les migrations liées au climat dans le temps long. Elle présente plusieurs exemples historiques de déplacements humains et non humains provoqués par des facteurs environnementaux. En effet, face à ces crises, la migration a souvent été la solution la plus efficace pour s’en sortir.

Ces migrations ont laissé des traces présentées ici dans toute leur diversité : pointes de chasse préhistoriques témoignant des adaptations au climat des chasseurs-cueilleurs savoisiens, objets rituels destinés à prévenir les intempéries, outils liés à la transhumance alpine, mais aussi œuvres d’art anciennes et contemporaines attestant la permanence du dialogue avec les forces de la nature.

"La Tempête", 1995 - Histoire de Florence Seyvos et illustrations de Claude-Ponti

« La Tempête », 1995 - Florence Seyvos (textes) et Claude Ponti (illustrations)

© L'École des loisirs

Toutefois, les déplacements provoqués par le changement climatique ne constituent pas une catégorie spécifique de migrations, mais sont souvent associés à d’autres causes : économiques, sociales ou politiques. Depuis la révolution industrielle du XIXe siècle, ces phénomènes s’accélèrent et provoquent de nouvelles migrations, comme le montrent par exemple la famine irlandaise provoquée par le mildiou de la pomme de terre (1845-1852), ou encore la sécheresse américaine du Dust Bowl dans les années 1930.

Dialoguer avec la nature

Statuette anthropomorphe

Legende

Statuette anthropomorphe

Credit

© musée du quai Branly - Jacques Chirac, Dist. GrandPalaisRmn Michel Urtado Thierry Ollivier

Dépendants de leur environnement pour survivre, les humains cherchent en permanence à comprendre et maîtriser les événements climatiques pour s’en protéger ou en tirer profit. Demander la pluie, protéger les récoltes des intempéries, préserver les habitations des incendies causés par la foudre ou épargner les terres des vagues géantes des tsunamis : les demandes d’intercession sont aussi variées qu’abondantes.

À travers le temps et dans de nombreuses cultures, des objets et des rituels ont été conçus pour s’adresser aux forces de la nature. Aujourd’hui encore, malgré le progrès des sciences météorologiques qui produisent des connaissances toujours plus précises et étendues, ces croyances sont encore mobilisées pour tenter de donner un sens à l’inexplicable et ouvrir l’espoir d’agir sur les éléments.

Les migrations animales et le climat

La migration est intrinsèque à l’existence même des espèces vivantes. Chaque espèce est issue d’un groupe d’individus qui a su s’adapter à un nouvel environnement ou qui s’est déplacé pour survivre. Quand le climat change, les espèces capables de se déplacer cherchent rapidement des zones plus hospitalières.

Certaines migrations, comme celles des oiseaux migrateurs, du papillon monarque, des baleines à bosse ou des gnous d’Afrique de l’Est, sont inscrites dans leurs gènes. Ces espèces se déplacent chaque année pour trouver de meilleures conditions pour se nourrir, ou pour se reproduire, puis reviennent. C’est souvent un aller-retour répété chaque année, parfois accompagné par les humains, avec les transhumances qui permettent de mieux nourrir le bétail.

Migrations des Caribous - Des caribous, ou tutu en inupiaq, traversent le cœur enneigé de la chaîne de Brooks, en Alaska. © Katie Orlinsky

« Vanishing Caribou » - Des caribous, ou « tutu » en inupiaq, traversent le cœur enneigé de la chaîne de Brooks, en Alaska.

© Katie Orlinsky

Le climat, un facteur de migration parmi d’autres

Dans l’histoire, le climat est rarement apparu comme la cause unique de migrations humaines. Il se combine souvent à d’autres facteurs, comme des crises politiques ou sociales. En Irlande, entre 1845 et 1852, le mildiou ravage les cultures de pommes de terre, base de l’alimentation rurale. Le climat humide favorise sa propagation, et l’inaction des autorités britanniques transforme la crise en grande famine. Plus de 1,5 million d’Irlandais prennent le chemin de l’exil. 

Dans les années 1930, aux États-Unis, des sécheresses exceptionnelles frappent les terres agricoles des grandes plaines du Sud. Du fait des pratiques agricoles mécanisées, les sols exposés sont friables. Le vent soulève d’immenses nuages de poussière, le Dust Bowl, qui contraignent des milliers de familles à tout abandonner et à fuir vers la Californie.

Dorothea Lange, "Migrant Mother", 1936 ©Library of Congress Prints and Photographs Division Washington, D.C. USA

Dorothea Lange, « Migrant Mother », 1936

© Library of Congress Prints and Photographs Division Washington, D.C. USA

Alexandre Hogue, "Les rescapés de la sécheresse", 1936.

Alexandre Hogue, « Les rescapés de la sécheresse », 1936.

Blérancourt, musée franco-américain du château de Blérancourt © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. GrandPalaisRmn / Christian Bahier, Philippe Migeat