Actualité des collections
La Cité exposera les œuvres de Mohamed Bourouissa et Mathieu Pernot faisant partie de ses collections, du 29 septembre 2009 au 10 janvier 2010.
Mohamed Bourouissa
Né à Blida (Algérie) en 1978, il vit et travaille à Paris
Œuvres exposés :
Le reflet (2008)
Périphérique (2007)
Le hall (2007)
Le miroir (2006)
La fenêtre (2005)
Mohamed Bourouissa s’attache à la banlieue où il a grandi, investissant des sujets généralement repris par la photographie de reportage. Ce qui le distingue, c’est qu’il « place la banlieue dans le champ de l’art et la traite comme un objet plastique» (Magali Jauffret, « La banlieue, objet plastique » in Mohamed Bourouissa, Périphérique, Le Château d’Eau, Toulouse, 2008).
Il fixe les instants de vie dans les quartiers de La Courneuve, Pantin, Clichy-sous-Bois, Argenteuil, du Mirail à Toulouse tout en s’attaquant aux archétypes liés à la banlieue. Mohamed Bourouissa, profondément nourri par les maîtres de la peinture tels Géricault, Delacroix, Caravage ou Piero della Francesca mais aussi de la photographie comme Jeff Wall, bouscule les codes, joue avec les styles, distord les liens entre fiction et réalité et élabore des images qui s’apparentent au documentaire mais qui investissent totalement la sphère artistique.
Si les clichés semblent avoir été pris sur le vif, ils sont, en réalité, le résultat de véritables mises en scène quasi cinématographiques, s’appuyant sur des notes et des croquis dessinés au préalable. Mais dans cette construction extrêmement précise où tout est parfaitement maîtrisé (repérages, casting, éclairage…), l’artiste donne sa chance au hasard, espère l’inattendu.
« Si je pars d’une base sociale, mon travail est pourtant d’ordre plastique fonctionnant sur une géométrie émotionnelle. […] J’essaie d’être juste plastiquement par rapport à l’idée que je veux donner d’une situation. Je parle de ma propre identité à travers les autres. D’une certaine manière, ce sont des autoportraits » (Mohamed Bourouissa).

M. Bourouissa, Le hall, 2007 © Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration
Mathieu Pernot
Né à Fréjus en 1970, il vit et travaille à Paris
Œuvres exposés :
Le grand ensemble. Implosions, Le meilleur des mondes, Les témoins (2000-2006)
« Le Grand Ensemble », réalisé par Mathieu Pernot entre 2000 et 2006, fait référence au nom donné aux quartiers d’habitat social érigés aux alentours des grandes villes françaises à partir des années 1950 et destinés à répondre à la crise du logement et à la poussée démographique.
L’œuvre se présente sous la forme d’un corpus, composé de trois ensembles d’images qui viennent télescoper les temporalités et interroger l’histoire.
De grands formats noir et blanc réalisés à la chambre, dévoilent l'implosion d’une barre d'immeubles à Meaux, La Courneuve ou Mantes-la-Jolie. Tout bascule et disparaît dans cette destruction violente qui pulvérise le passé, la mémoire du quartier, les promesses du lieu.
Mathieu Pernot associe à cette implosion, Le Meilleur des Mondes, un ensemble de cartes postales qu’il a collectionnées, reproduites et agrandies et qui permettent de remonter le temps. Éditées entre les années 50 et 80, ces cartes - exécutées pour la plupart en noir et blanc puis colorisées - nous emmènent dans un monde « enchanté » (Magali Jauffret, « Le meilleur des mondes a implosé », L'Humanité, 16 octobre 2007), sillonné d’espaces verts. Elles rappellent que ces "grands ensembles" étaient alors des emblèmes de modernité urbaine et de progrès social.
Enfin, des agrandissements de ces cartes permettent d’extirper de la trame d’impression, des personnages figurant sur les images. Des silhouettes déambulent, se retournent. « Fantômes ressurgis du passé » (Michel Poivert, Mathieu Pernot, la ruine des cités idéales Vite Vu, 23 mai 2007), ces témoins semblent aujourd'hui nous interroger.
Mathieu Pernot crée une œuvre palimpseste où l’association d’images autorise cet « aller-retour entre les rêves d’hier et les désillusions d’aujourd’hui » (Natacha Wolinski). Mais, constate le photographe, « entre l’utopie de départ et la mise à mort finale, c’est comme s’il n’y avait rien eu ».


Le grand ensemble. Implosion, Le meilleur des mondes, Les témoins (2000-2006) © Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration
Isabelle Renard
